Les intermittents d’Aix donnent le la

Social Le refus de faire grève a été voté à 80%, alors que la convention chômage a été signée par le gouvernement français

Le festival lyrique débutera dans six jours

La chaleur monte dans le sud. Celle du climat social, particulièrement. Les menaces de grève des professionnels du spectacle, à l’heure où les festivals d’été commencent, chauffent les esprits. A Aix-en-Provence, les intermittents viennent pourtant de voter à 80% le refus de faire grève.

Ce non massif a plus qu’une valeur de symbole. La visibilité et la réputation du plus grand festival lyrique de France, ainsi que l’ampleur de son personnel (668 intermittents sur un total de 927 personnes) résonnent loin et de façon emblématique. Le grand frère théâtral d’Avignon débutant deux jours après la première aixoise, la décision pourrait servir de catalyseur.

Le message est fort. Mais il est aussi mal perçu par les plus radicaux, qui accusent la direction d’Aix d’avoir «organisé le vote», «pipé les dés» et exercé «une pression monstrueuse», comme on pouvait le lire dans Libération d’hier. Le quotidien donnait la parole à Guigou Chenevier, de la coordination des intermittents et précaires d’Avignon, qui avait invité au boycott du vote. Le directeur Bernard Foccroulle, qui dit «soutenir absolument les intermittents», reste serein. «Le vote n’a pas été décidé par moi mais par l’ensemble des délégués du personnel, qui ont été élus il y a trois semaines. Ma pression innommable aura été d’alerter les équipes sur le fait que l’annulation de cette année aurait engendré un tel déficit qu’elle aurait empêché les éditions 2015 et 2016. C’est une vérité. En 2003, les pouvoirs publics avaient compensé les pertes. Aujourd’hui, la situation économique a radicalement changé et il n’y aura pas de compensation. Mon rôle est de passer des messages, je l’ai tenu.»

La crainte de perturbations ne semble pas trop le préoccuper. «Je suis convaincu que le festival ne sera en aucun cas annulé, même si nous devrons vivre des grèves consécutives et que des chahuts agiteront sans doute certaines représentations. Nous ferons un bilan à l’issue du festival, dans le respect du droit de grève.»

Le bras de fer des intermittents aura donc eu le mérite de faire bouger les politiques, en espérant que des résultats concrets verront le jour. A Aix, une marche a été organisée dans les rues il y a deux semaines, pour sensibiliser les habitants et les visiteurs de la ville. La distribution d’une lettre explicative met notamment en lumière la difficile réalité des intermittents et leur fragilité sociale, et rappelle le fait que le festival génère quelque 65 millions d’euros de retombées économiques. Cette circulaire de soutien, intitulée «La culture en danger», figure en tête du site du festival. C’est dire l’importance accordée au sujet.

Le directeur ne reste pas confiné dans son bureau, à assumer son rôle de manager artistique. Bernard Foccroulle est un homme de terrain. Organiste, pédagogue, successeur de Gérard Mortier à la tête de la Monnaie de Bruxelles, et engagé à défendre dans ses projets la culture pour les moins favorisés, il s’est lui-même associé au mouvement de sensibilisation. Conciliateur, il se situe à la croisée des intérêts.

«La situation est sans précédent car les questions des travailleurs culturels étaient jusque-là défendues par des partenaires sociaux très peu représentatifs de ce monde. On entre dans un cercle vertueux qui va mettre à la même table l’ensemble des parties prenantes. Le gouvernement s’est engagé à mettre en place un groupe de travail où tout le monde sera associé pour discuter un meilleur accord.»

La culture envisagée comme arme politique? Qu’un festival d’opéra puisse aussi être une «boîte de résonance et un stimulateur de la réflexion» réjouit Bernard Foccroulle, qui s’avoue très sensible à la précarité, au travail discontinu et à la dégradation des conditions salariales et sociales. Un discours que partage le directeur du festival voisin d’Avignon. Olivier Py, aussi comédien, auteur et metteur en scène, soutient les mêmes valeurs sociales tout en défendant son institution.

«Le festival ne sera pas annulé même si des chahuts agiteront sans doute des spectacles»