«Je suis le premier à avoir ce titre depuis 1600 ans. Auparavant, nous avions eu un petit arrêt…» Le statut de directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie n’empêche pas la malice. Ismail Serageldin pilote la nouvelle forme de l’institution mythique. Il a une conviction, qu’il compte exposer à Genève à l’invitation de l’Université pour son 450e anniversaire: l’heure d’Internet et des connexions perpétuelles ne sonne pas le glas des bibliothèques. Au contraire, celles-ci peuvent gagner en force, en s’imposant comme centres de production, de structuration et de diffusion du savoir.

Ismail Serageldin explique: «S’agissant de la connaissance, nous étions jadis comme quelqu’un qui a très soif et à qui l’on offre un peu d’eau avec un compte-gouttes. L’Internet, c’est comme si l’on nous arrosait désormais avec une lance à incendie. Or, le flux d’un tuyau de pompier, cela peut vous renverser, vous blesser. De plus en plus, nous aurons besoin de gens, d’initiatives collectives, qui permettent de sélectionner et donner forme à l’information, permettre aussi un accès avec une certaine facilité. En somme, de vous tendre un verre d’eau, pure.» Eviter d’user d’une information «déchiquetée à la manière de Google, qui ne permet pas de comprendre d’autres cultures.»

Une manière, donc, de porter haut certaines valeurs, plaide l’universitaire: «Nous avons la responsabilité de nous acheminer vers les hauteurs atteintes par l’ancienne Bibliothèque d’Alexandrie, de recréer, à notre façon et avec les possibilités fournies par les nouvelles technologies, une qualité du savoir comparable.»

Presque un militantisme des Lumières: N’oubliez pas que les extrémistes, les fanatiques, utilisent tout aussi l’Internet que nous. A l’heure où l’on entend les bigots de toutes catégories, dans le monde islamique comme dans le monde occidental, il nous faut promouvoir le pluralisme et le dialogue.» La bibliothèque comme bastion de résistance? «L’expression est trop défensive. Car nous allons gagner.»

Conférence publique à Uni Dufour, à Genève, ce mardi 24 mars à 18h30: «Réinventer les centres culturels au XXIe siècle». Rens. www.unige.ch/450