«Nous interrogerons l’Histoire, ses mythes, ses vérités»

Questions à

Nouveau visage à la tête du Belluard Bollwerk Festival. Enfin, pas tout à fait nouveau. Car Cis Bierinckx, qui a succédé à Sally de Kunst à la direction du rendez-vous fribourgeois, a déjà un passé dans la maison. Dans les années 90, ce curateur flamand de 58 ans a collaboré à diverses programmations. Avec un pic en 1999, quand il faisait partie des dix spécialistes sollicités pour concocter le menu de cette année! «Un très bon souvenir», se rappelle Cis Bierinckx au téléphone, dans un train en route vers l’Allemagne. «Il a fallu débattre, s’écouter, se respecter.» Un art de la remise en question que le directeur place au cœur de cette 31e édition à travers la présence de Rabih Mroué, artiste libanais qui ne cesse d’interroger les mythologies, historique et médiatique, de son pays. Présentation.

Le Temps: Vous venez de présenter la programmation de votre première édition du Belluard Boll­werk. Que représente ce festival pour vous?

Cis Bierinckx: Je lui vois trois spécificités. Tout d’abord, ce festival a été le tremplin de nombreux artistes aujourd’hui mondialement connus, comme Jérôme Bel, Thomas Hirschhorn ou Christian Marclay. Nous allons poursuivre dans cette idée de plateforme pour débutants de talent! Ensuite, le festival a toujours pratiqué l’interdisciplinarité. Musique, performance, cinéma, théâtre, danse contemporaine: aucun genre artistique n’est a priori écarté et cet éclectisme représente pour moi une grande liberté. Enfin, la relation avec le public est aussi une constante de ce rendez-vous qui a toujours beaucoup interagi avec les habitants de Fribourg.

– Justement. Quel est votre projet 2014 en lien avec la population?

– Nous proposons l’opération Spots&Dots, cinq projets disséminés dans la ville que le public découvre au moyen d’un parcours guidé d’environ deux heures. Parmi eux figure, par exemple, Noir et Chaste, une réflexion des Flamands Michiel Soete et Bas Devos autour de la Vierge noire dont le culte est encore très vivace à Fribourg. Il y a aussi Pre-Servers, de la Bâloise Anja Rüegsegger, qui prend le contre-pied du gaspillage alimentaire de manière maligne et inspirée.

– Comment définiriez-vous le Libanais Rabih Mroué, artiste phare de cette édition?

– Rabih Mroué est un auteur, metteur en scène et acteur d’une formidable humanité. Qui tente toujours de distinguer le faux du vrai dans la mémoire de son pays en guerre. Entre autres travaux, il propose Riding on a Cloud, avec son frère Yasser. Victime d’une balle reçue durant la guerre civile des années 80, Yasser est resté handicapé et aphasique. Dans ce spectacle, Rabih le fait dialoguer avec sa propre image filmée. C’est une façon très subtile de lui restituer son intégrité. Une exposition, un film et une performance en solitaire permettront aussi au public de prendre toute la mesure de la pertinence intellectuelle de cet artiste et de sa sensibilité. Pour moi, un festival, ce n’est pas une succession de spectacles, mais un ensemble de rendez-vous qui permettent de cerner une thématique. Cette année, c’est le rapport à l’Histoire, ses mythes et ses vérités.

Belluard Bollwerk Festival, du 26 juin au 5 juillet, à Fribourg, 026 321 24 20, www.belluard.ch