opéra

Intrépide Diana Damrau, élégiaque Sophie Koch

La soprano allemande et la mezzo française incarnent deux cantatrices aux profils complémentaires

Spontanée, vive, Diana Damrau est une étincelle sur scène. Son abattage et son absence d’inhibition lui valent d’être parfaitement naturelle. La jeune soprano a fait ses débuts sur scène à Würzburg dans le rôle de Barberine ( Les Noces de Figaro de Mozart). Elle qui a chanté dans un groupe de rock durant son adolescence n’a pas emprunté cette voie. La chance l’a conduite à rencontrer des professeurs qui n’ont jamais cherché à brûler les étapes. Elle a étudié auprès de Carmen Hanganu, à Würzburg, et d’Hanna Ludwig, à Salzbourg. Dotée d’une voix agile et lumineuse, capable de scintiller dans l’aigu sans aucune stridence, elle est parvenue à s’imposer dans des rôles de soprano colorature. Elle fut «la» Reine de la Nuit des années 2000 puis une Zerbinetta étincelante dans Ariane à Naxos de Strauss.

Pour préserver sa voix, elle a quitté les habits de la Reine de la Nuit pour aller vers des rôles moins sportifs et stratosphériques, plus sollicitants ne serait-ce que d’un point de vue psychologique. Elle a chanté Gilda dans Rigoletto , les quatre rôles féminins dans Les Contes d’Hoffmann , reprend le mois prochain Lucia di Lammermoor et prépare son rôle fétiche dans La Traviata de Verdi. Sa voix s’est récemment élargie dans le registre central (medium-grave). Elle est une Liedersängerin accomplie (son dernier récital à Genève!). Son timbre manque peut-être un peu de couleurs mordorées pour Violetta, mais elle saura sans doute habiter le personnage.

Sophie Koch, elle, a longtemps chanté Mozart, Rossini (Rosine dans ses premières années) et Strauss (le Compositeur, Octavian) pour ensuite élargir son répertoire. Cette voix longue, riche et expressive sied à des rôles lyriques et dramatiques. Il y a deux ans, la mezzo française faisait sensation aux côtés de Jonas Kaufmann dans Werther , à l’occasion de son retour à l’Opéra de Paris. Un couple admirable de beauté vocale. Un grand moment de théâtre, dans la mise en scène de Benoît Jacquot (immortalisée en DVD). Sophie Koch fréquente Wagner (Brangaene, Fricka, Waltraute, Vénus). Elle tient dans son escarcelle plusieurs rôles majeurs à venir: Alceste l’an prochain à Paris avec Roberto Alagna dans une mise en scène d’Olivier Py, Les Troyens , Le Roi Arthus , La Favorite … Un beau panel, riche et varié.

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