Cecilia (Elisabeth «la Servante écarlate» Moss) vit au sommet d’une falaise dans une maison de rêve, où il ne fait pas bon vivre. Elle se lève subrepticement au milieu de la nuit, s’assure que le somnifère qu’elle a administré à son mari fait son effet, débranche les systèmes d’alarme et s’évade de la prison conjugale. Réfugiée chez des amis, Cecilia ne trouve pourtant pas la paix. Elle a été trop longtemps sous l’emprise d’Adrian Griffin, un savant mondialement réputé pour ses travaux en optique doublé d’un sociopathe narcissique. Elle sent sa dangereuse présence…

Bon, inutile de faire durer le suspense: le film s’appelant Invisible Man (traduction française de The Invisible Man…), il y est question d’un homme invisible, cette figure créée par H. G. Wells en 1897 et célébrée une vingtaine de fois au cinéma. Le nouvel avatar de la crapule déguisée en courant d’air s’inscrit dans un vaste projet suspendu, le Dark Universe d’Universal Pictures, soit un bouquet de dix films ressuscitant les monstres classiques de la major – Dracula, le Loup-garou, Frankenstein, la Créature du lac Noir, la Momie…

Sorti en 2017, The Mummy, premier épisode d’une franchise cherchant à rivaliser avec les univers étendus de Marvel et de DC Comics, a fait un flop critique et public si retentissant qu’il a invalidé l’opération. Elle redémarre de façon plus discrète et autrement convaincante avec Invisible Man qui, à l’instar du formidable Joker, ramène une touche de réalisme bienvenu dans le fantastique.

Angoisse psychologique

Aux bouffissures grotesques de l’égyptologie rocambolesque, Invisible Man substitue l’angoisse psychologique. Cecilia se bat contre un ennemi invisible dont elle ne sait s’il surgit de son psychisme tourmenté, telle une matérialisation de la peur, ou d’une avancée scientifique – une combinaison alvéolaire réfléchissant le décor arrière. Harcelée, terrifiée, malmenée, rouée de coups, piégée, déshonorée, internée, Cecilia touche le fond. Rassemblant ses forces, elle s’arrache au cauchemar pour la deuxième manche de ce film à résonance féministe.

La caméra nourrit la tension en filmant à distance quelque scène familiale anodine comme si on était dans la vision subjective d’un intrus, elle s’attarde dans des recoins vides, avant d’enregistrer de premières anomalies comme un couteau qui tombe du plan de travail sans faire de bruit ou une empreinte de pas sur le tapis. La bande-son privilégie un sound design anxiogène. L’atmosphère est sombre, la lumière glauque et Elisabeth Moss géniale. Peut-être l’expansion du Dark Universe a-t-elle enfin commencé?


Invisible Man (The Invisible Man), de Leigh Whannell (Etats-Unis, Australie, 2020), avec Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Storm Reid, 1h50.