portrait

Iris Bry, des livres à l’écran

Il y a un peu plus d’un an, la jeune Française était libraire. Cet hiver, elle illumine «Les Gardiennes», beau film de Xavier Beauvois racontant le courage des femmes dans la France de 1914-1918

Le 2 mars prochain, Iris Bry sera à la salle Pleyel, où elle assistera à la 43e cérémonie de remise des César. La Parisienne prendra place au milieu de l’équipe des Gardiennes, le très beau film de Xavier Beauvois sorti la semaine dernière. Elle y incarne Francine, une jeune fille de l’assistance publique envoyée dans une ferme du Limousin pour y seconder Hortense et sa fille Solange, qui n’arrivent plus à gérer seules le domaine familial – on est en pleine Première Guerre mondiale, les hommes sont au front.

Lorsque sera remis le César du meilleur espoir féminin, le cœur d’Iris Bry battra un peu plus fort. Car il ne fait aucun doute qu’à 22 ans elle fera partie des nommées. Les Gardiennes est son premier film, elle y est incroyable. Dès qu’elle apparaît à l’écran, on ne voit qu’elle, tant elle attire naturellement la lumière. A ses côtés, Nathalie Baye et Laura Smet deviennent soudainement transparentes. On évoque avec elle les César, elle sourit, l’air emprunté: «Je pense que c’est bien de garder la tête sur les épaules.» Et de répéter, comme plusieurs fois auparavant, ce mantra: «C’est de la musique d’avenir… J’aime beaucoup cette expression suisse, dont les Suisses ignorent d’ailleurs souvent qu’elle est suisse!»

Casting «pour voir»

Iris Bry est venue défendre Les Gardiennes il y a quelques semaines à l’enseigne du GIFF (Geneva International Film Festival). Cet après-midi-là, elle se prêtait au jeu de l’habituel marathon promotionnel. Habituel… mais pas pour elle. «Vous savez, il s’agit de ma toute première interview, murmure-t-elle lorsqu’on se présente.» On lui dit d’emblée à quel point elle est merveilleuse dans le film de Xavier Beauvois. «Ah ben merci…» Iris Bry ne parvient pas encore totalement à réaliser ce qui lui arrive. Il y a deux ans, elle était encore libraire.

C’est à l’automne 2015 que la directrice de casting Karen Hottois la repère par hasard à Montreuil, où elle travaille à la librairie Folies d’encre. A son invitation, elle accepte de passer un essai, «pour l’expérience, pour voir». Un jeudi, son jour de congé, elle s’en va ainsi réciter une scène qu’elle avait apprise, sans rien savoir du projet. Deux ou trois mois plus tard, Xavier Beauvois la convoque. Elle pensait qu’il s’agissait d’un nouveau test, or le réalisateur lui parle en long et en large des Gardiennes. Karen Hottois les rejoint: «Tu lui as dit qu’on l’avait choisie?» Pour Xavier Beauvois, c'était une évidence.

Le lendemain de l’obtention de son diplôme de libraire, Iris Bry se retrouve dans le Limousin. La première scène qu’elle a dû jouer est celle de l’arrivée de Francine à la ferme. «C’était hypersymbolique», s’enthousiasme-t-elle en y voyant un parallèle avec son débarquement impromptu sur un plateau de cinéma et la nécessité d’y faire sa place. «Voir le travail des lumières, de l’équipe image, les décors, les costumes d’époque… c’était grandiose!» Elle a été formidablement accueillie et, depuis, se sent dépassée par sa curiosité croissante pour les métiers du cinéma.

Tournage spontané

Iris Bry dit avoir aimé la manière de travailler de Xavier Beauvois, qui ne cherche pas à entrer dans la psychologie des personnages. «Il laisse tourner la caméra et les choses advenir. Il aime bien surprendre et être surpris; parfois, il filmait les répétitions sans qu’on le sache. Avec lui, on ne réfléchit pas, on est dans le spontané.» Elle apprécie aussi le fait qu’après l’avoir entendue chanter, le réalisateur ait décidé de modifier le scénario pour lui offrir une belle scène finale. Si la Française a fait partie de la Maîtrise de Radio France, un chœur crée en 1946, elle n’avait en revanche jamais pris de cours de théâtre. Sa première vision des Gardiennes l’a d’ailleurs laissée perplexe. «Ce n’est pas très cool de se voir en gros plan. En plus, je ne suis pas du tout rentrée dans l’histoire, car je me souvenais de tous les éléments du tournage, notamment de ce qui s’était passé tel ou tel jour. La deuxième fois, j’ai réussi à m’oublier un peu et à apprécier l’histoire.»

Notre critique des «Gardiennes»: En l’absence des hommes

Iris Bry est curieuse de tout. Si elle a embrassé la profession de libraire, c’est pour le côté rassurant que lui procure le fait d’être entourée d’ouvrages les plus divers. Elle aime la littérature jeunesse et la bande dessinée, comme les livres d’art, les romans et les sciences humaines. De même, lorsqu’on questionne ses goûts en matière de cinéma, elle avoue détester les chapelles et n’avoir jamais eu de réticences envers un genre ou un autre. Elle aime le cinéma français et coréen, évoque l’adaptation de la BD Le Transperceneige par Bong Joon-ho et avoue être en train de dévorer la troisième saison de Twin Peaks.

Un père dessinateur et éditeur [d’un livre d’artiste de Grisélidis Réal, notamment], une mère artiste et prof de dessin. «Je traîne le bagage culturel de mes parents, qui est énorme, cela ne sert à rien de le nier», avoue Iris Bry, qui parle tant et avec une telle appétence qu’elle a peur de divaguer. La libraire va-t-elle devenir comédienne? Pour l’heure, «il n’y a rien de concret, mais des choses qui peuvent se débloquer. J’ai découvert aussi ce qu’il y a de difficile dans ce métier: être dépendante du désir des autres, être dans l’attente. Mais comme mon chômage d’intermittente s’arrête fin décembre, il faut qu’il y ait autre chose. Sinon je rechercherai du boulot en librairie.»


Profil

1995 Naissance à Paris, «le 8 du 8 à 8 heures du matin».

2015 Repérée à Montreuil par la directrice de casting Karen Hottois.

2016 Le 31 juillet, diplôme de fin d’études à l’Institut national de formation des libraires.

2016 Le 1er août, début du tournage des «Gardiennes» dans le Limousin.

2017 En décembre, sortie des «Gardiennes», de Xavier Beauvois.

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