Documentaire

Les irréductibles de Vila Autódromo

Le réalisateur franco-suisse Samuel Chalard raconte dans «Favela Olímpica», en salle ce mercredi, le combat d’une favela contre sa destruction programmée en vue des Jeux olympiques de Rio 2016

Trouver la bonne distance, ne pas être trop intrusif et éviter tout voyeurisme, mais rester au cœur de «l’action». Le documentaire d’immersion est un art périlleux. La question de la place de la caméra n’est pas anodine et il n’est pas aisé de trouver le bon rythme au moment du montage, lorsqu’on a plusieurs dizaines d’heures de rushes. Samuel Chalard a parfaitement su éviter ces écueils, lui qui a passé deux ans à documenter – à raison d’un voyage de dix jours tous les trois-quatre mois – le quotidien des habitants de Vila Autódromo. A savoir une favela carioca condamnée à être rasée en vue des Jeux olympiques 2016.

Le sourire après l'humiliation

Dévoilé cet été à l’enseigne de la Semaine de la critique du Locarno Festival, section indépendante dédiée au documentaire de création, Favela Olímpica parvient admirablement à concilier petites et grande histoire. La grande, c’est celle des JO de Rio, qui devaient redonner le sourire à tout un pays après l’humiliation subie en demi-finale de la Coupe du monde de foot 2014 – à Belo Horizonte, rappelons-le, les Auriverde avaient été humiliés par les Allemands.

Les petites histoires, ce sont celles des habitants de Vila Autódromo, dont certains, à l’image de Penha, Luis ou Delmo, ont décidé de se battre, de rester dans leur maison brinquebalante, de refuser les indemnités et les nouveaux logements promis par les autorités. «Je n’habiterai jamais aussi bien qu’ici, je veux rester dans ma maison», dira Penha, tandis que d’autres affirment n’être «pas riches, mais heureux».

Village d’Astérix

Samuel Chalard, qui travaillait depuis plusieurs années à un projet autour des infrastructures olympiques, et avait visité les sites d’Athènes et Barcelone, exemples de bonne et mauvaise gestion des stades au lendemain des jeux, a su qu’il tenait une bonne histoire dès qu’il a entendu parler de Vila Autódromo. Mais le pari était risqué: les habitants de la favela auraient pu être expropriés rapidement et sans heurts. Ce ne fut donc pas le cas.

Le réalisateur franco-suisse, qui signe avec Favela Olímpica son premier long-métrage, a pu compter sur quelques irréductibles – un plan aérien montrant la favela comme un bastion de résistance au milieu d’un chantier pharaonique rappelle le village d’Astérix –, rejouant David contre Goliath.

Un film profondément humain

Au-delà de l’histoire de Vila Autódromo, quartier exempt de cette criminalité qu’on associe souvent aux favelas, Samuel Chalard parle également de spéculation immobilière. Et lorsqu’il donne la parole au maire de Rio, Eduardo Paes, qui explique comment l’enveloppe de l’arène de handball servira à construire quatre écoles, il n’a besoin d’aucun commentaire off pour souligner à quel point cet argument bien-pensant est une pure manœuvre de communication.

Là où le journaliste livre un instantané et tente un décryptage, le documentariste révèle une problématique et laisse au spectateur le soin de la comprendre. Favela Olímpica est un film exemplaire, et surtout profondément humain.


Favela Olímpica, de Samuel Chalard (Suisse, 2017), 1h33.

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