Déjà dans les proses minuscules des Petites Morts (Rouergue, 1998), son premier livre, Isabelle Rossignol manifestait l'art du raccourci et la cruauté innocente qui font le charme de ces Histoires de lits. Des couches qui ne sont pas seulement le refuge du sommeil, mais des révélateurs. Comme on fait son lit, on est vraiment! On y découvre la vraie dimension du «concubin», celui ou celle qui partage cette intimité. Un mâle très grand se montre aussi mou que son vaste matelas et tout petit à l'intérieur. Une femme connaît «la honte d'accepter un homme que l'on n'aime plus». Quelqu'un s'interdit de déplier le canapé-lit avant la nuit, pour ne pas y mariner dans la tristesse. Mais il y a aussi le lit-ventre, le lit-bombance, le lit odorant d'herbes écrasées. Le terrain de jeux pour les enfants qui s'en font des maisons. Le lit d'hôpital, embrumé par l'anesthésie. Le lit de mort. Le lit où deux gisants se côtoient, comme figés dans la pierre. Le lit de parade où s'étale une robe de mariée marocaine, verte et dorée: la mère en rit de fierté et les yeux des cinq petites filles brillent. Ces instantanés racontent en peu de mots de longues histoires de larmes et de plaisirs.