La nuit qu'on va traverser pas à pas n'est pas si ordinaire. Inaugurée sur le mode de l'espoir, elle va s'enfoncer dans un cauchemar qu'un malaise latent laissait pressentir dès les premières lignes. Dans un appartement vide, une jeune femme se consume devant son téléphone. Scénario classique où elle tient le rôle de la maîtresse négligée. Une amie l'invite à dîner: l'effort qu'elle doit faire pour se libérer quelques heures de son attente obsessionnelle signale son degré d'aliénation. Peu à peu, au cours d'un récit structuré en sept tableaux, cette tentative va tourner à la catastrophe poisseuse. L'auteur travaille sur trois registres très différents: la conversation ordinaire, la description objective et un monologue intérieur chaotique. Peu à peu, on perçoit le trouble profond de la jeune femme, sa peur des hommes.

Depuis le remarquable Petites Morts (Ed. du Rouergue, 1998), c'est un thème obsédant chez Isabelle Rossignol, qui le maîtrise de mieux en mieux. Ici, il se développe sur le mode «je veux, je ne veux pas» qui entraîne la narratrice dans un imbroglio pénible avec un séducteur désemparé. L'aube trouvera la jeune femme encore plus détruite, accablée par ses manques.