Iso Camartin. Sils-Maria ou le Toit de l'Europe. Réflexions et perspectives. Trad. de Colette Kowalski. Zoé, 1998 p.

Pour Iso Camartin, le toit du monde ne se situe pas au Pamir, en Asie centrale, mais sur le plateau haut-engadinois. Si l'ex-titulaire de la chaire de littérature et culture rhéto-romanes à l'Université de Zurich, devenu écrivain libre en 1998, a grandi au bord du Rhin, c'est bien à Sils qu'il a pris conscience, enfant, de la miraculeuse rencontre du nord et du sud. C'est dans ces paysages «incluant tous les contrastes» (Nietzsche), dans ce carrefour des cultures qu'est sans doute née sa vocation de défenseur des minorités culturelles et linguistiques. Mais un défenseur ouvert sur le monde, qui passe avec une curiosité gourmande et toujours renouvelée de son environnement proche, les Grisons, à la Suisse et à l'Europe.

De «Par-delà les frontières» au «Nouveau Commencement», la vingtaine de textes réunis dans Sils-Maria ou le Toit de l'Europe plaident pour une coexistence harmonieuse entre cultures voisines: plutôt que de rapports entre centre et périphérie, l'auteur préfère parler de «cultures de contiguïté», ce qui permet de penser les frontières en termes de perméabilité plutôt que de barrières. S'agissant du voisinage, cette forme de communauté donnée par la nature, il cite les réflexions du philosophe et sociologue Georg Simmel sur le pont ou la porte et il donne l'exemple du vamporta, ce banc placé devant la maison engadinoise qui sert de seuil entre espace privé et espace public.

Au sujet de la cohabitation des langues, Camartin éclaire de même les relations entre l'identité et le plurilinguisme en puisant à la fois dans son expérience personnelle, quand il fréquente le café de son village grison, et dans les exemples que lui fournissent ses vastes lectures, de Shakespeare à Borges en passant par Lichtenberg. Bref, pour le lecteur, il y a du plaisir à se laisser entraîner en sa compagnie sur les chemins du monde, y compris celui d'un monde à venir où, assure Walter Benjamin, «tout sera comme ici - juste un petit peu différent».