Cinéma

Israël, droit dans le mur

Affaire de morale en huis clos, «Dawn» de Romed Wyder décèle comme un vice fondateur

Israël, droit dans le mur

De Sword in the Desert (George Sherman, 1949) et Exodus (Otto Preminger, 1960) à Kedma (Amos Gitaï, 2002), les films consacrés à la création de l’Etat d’Israël sont restés rares. Raison de plus – mais pas la seule – pour voir Dawn de Romed Wyder, tentative aussi courageuse qu’atypique d’aborder cette question sous un nouvel angle. Et si, né de la violence de la Shoah sans avoir su y renoncer à son tour et conserver ainsi l’autorité morale, l’Etat hébreu s’était condamné à un avenir violent? Mais aussi, était-il vraiment possible de faire autrement?

Occupants et terroristes

Nous voici donc en 1947, dans une Palestine sous mandat britannique, peu avant que l’ONU n’édicte son partage. Tandis que les sionistes combattent pour la création d’un Etat juif, un des leurs, considéré comme un «terroriste», vient d’être condamné à mort par les autorités anglaises. En représailles, un officier britannique a été kidnappé. Pendant une longue nuit, dans une école, un groupuscule attend le résultat d’une négociation qui décidera du sort des deux hommes. Si, à l’aube, les Anglais pendent leur ami, l’un d’eux exécutera l’otage…

Huis clos sous tension, le film souffre un peu de son suspense tout relatif. Pas de prix pour deviner à qui, du leader (Liron Levi, Kippour) , de la pasionaria (Sarah Adler, Notre musique), du gredin (Moris Cohen, Jaffa), du religieux (Rami Heuberger, Cadeau du ciel) ou du jeune blanc-bec (Joel Basman, Happy New Year), incombera la funeste tâche. Et inutile de se demander s’il est bien sage de le laisser aller rendre visite seul à un prisonnier (Jason Isaacs, Harry Potter, Green Zone) nettement plus costaud et malin que lui.

Certaines maladresses acceptées, la sauce prend plus facilement et le suspense se déplace, comme prévu par les auteurs, sur un plan moral. Un peu comme Loin des hommes d’après Camus récemment, ce film vient clairement d’une autre époque. Pourtant, sa question et son amertume n’ont rien de dépassé. Un peu trop timide dans sa forme, Dawn devient néanmoins un drame d’un inconfort prenant, suggéré par une musique admirable de retenue signée Bernard Trontin (des Young Gods), qui explosera sur un montage documentaire du plus bel effet. A méditer.

VV Dawn, de Romed Wyder (Suisse – Israël – Allemagne – Royaume-Uni 2014), avec Joel Basman, Sarah Adler, Liron Levi, Moris Cohen, Rami Heuberger, Jason Isaacs. 1h35.

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