Jacques Bellefroid

Le Réel est un crime parfait, monsieur Black

Gallimard, coll. Folio, 296 p.

Jacques Bellefroid est un écrivain rare, ne serait-ce qu'à deux titres: il publie peu et écrit de manière si belle et virevoltante qu'on en reste ébaubi. Double raison pour lire ou relire ce roman qui tire sur le noir et joue à se faire passer pour un polar. Monsieur Black est un héros à géométrie variable, tantôt «joueur d'échec(s), auteur de romans policiers, voyageur, ouvreur de portes, détective imaginaire, père adoptif, champion de bridge, veilleur de nuit», et qui s'égare de jour en jour et de chapitre en chapitre. Il a «moins l'impression de vivre que d'être vécu», allant jusqu'à se sentir «conduit» par un rendez-vous, doutant de la réalité de ce qui l'entoure et qui vire au décor. Le lecteur se perd en conjectures mais a la chance parfois d'assister aux réflexions de ce détective qui joue les Nero Wolfe ou les Hercule Poirot, récapitulant les épisodes précédents pour mieux décrire les faits aux personnages rassemblés non pour un épilogue, mais pour tâcher de s'y retrouver un peu dans ce jeu à facettes où la boule roule à l'infini.