Jacques Chancel, mort d’un prince de l’entretien

Radio La légende du journalisme n’est plus

Jacques Chancel est décédé dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 86 ans. Dès que l’annonce tombe, la petite musique de Radioscopie, signée Georges Delerue, résonne dans les têtes de générations entières. On entend cet incomparable intervieweur introduire une heure d’entretien avec Jeanne Moreau, Claude Lévi-Strauss, le prince Rainier ou encore Dalida. De 1968 à 1982, puis à nouveau dès 1988, chanteurs ou comédiens, philosophes ou politiciens, ils sont tous passés par son micro. Quelle que soit la personnalité, la rencontre n’était jamais convenue mais toujours élégante.

Jacques Chancel était né Joseph Jacques André Régis Crampes, le 2 juillet 1928, fils de menuisier dans un village des Hautes-Pyrénées. Il n’a pas 20 ans quand il part en Indochine, soldat puis correspondant de guerre. Il fait ses débuts d’intervieweur sur Radio France Asie. Tout en continuant ses études, il sillonne l’Indochine pendant une bonne partie des années 1950, saute même sur une mine avec sa jeep au point de perdre quelque temps la vue. De retour en métropole, il travaille dans la presse écrite parisienne, avant de lancer Radioscopie. Chaque jour, à 17h, l’émission rassemble les générations.

Jacques Chancel a aussi participé à la création d’Antenne 2, où il reprendra Le Grand Echiquier, né sur la première chaîne de l’ORTF en 1972. L’émission, en public et en direct, durait environ trois heures, plus parfois. Centrée autour d’un invité, d’Arthur Rubinstein à Bernard Hinault (Jacques Chancel était un passionné de cyclisme), elle alternait discussions, sur le même ton vif mais jamais agressif qui avait fait le succès de Radioscopie, prestations musicales et petits reportages. Dans les années 1990, il lance encore Lignes de mire sur France 3, avant de rejoindre comme administrateur le groupe Canal +.

Jacques Chancel était aussi un auteur. On lui doit notamment, chez Plon, un Dictionnaire amoureux de la télévision. L’an dernier, le récit de ses années en Indochine, La Nuit attendra, a paru chez Flammarion. Le Temps d’un regard avait reçu en 1978 le Prix de l’Académie française.

Le Rocher, puis Flammarion, ont publié son journal, réunissant ses humeurs sur la musique, le sport, la littérature ou la politique. Le dernier tome, Pourquoi partir?, vient de paraître.