Portrait

Jacques Cordonier, le Valais côté culture 

Dès ce mercredi, la 6e Rencontre du théâtre suisse rayonne entre Viège et Monthey. Rencontre avec celui qui a œuvré à la professionnalisation des artistes de son canton

Ce n’est pas courant de faire le portrait d’une personnalité unanimement saluée. Jacques Cordonier, Monsieur Culture du Valais, bénéficie de ce privilège. De fait, l’homme, 64 ans, dont quarante consacrés aux bibliothèques et au soutien à la création, est très convaincant. Alors que ce diplômé en sciences de l’information, marié et père de deux fils adultes, est un bâtisseur, il parle en «nous» et chacune de ses initiatives est placée sous le signe du rassemblement.

Mise en réseau des 50 bibliothèques du Valais à partir de 1988, directeur du premier Service culturel du canton en 2005, initiateur de Culture Valais en 2010 dont l’une des missions consiste à créer un pont entre les arts et l’économie: au moment où la 6e Rencontre du théâtre suisse s’apprête à rayonner entre Monthey et Viège, Jacques Cordonier peut être très fier de son bilan.

«Mon mantra? Etre pressé tout en sachant attendre!» Lorsqu’on est aux affaires culturelles, il faut composer avec la lenteur du politique pour qui ce domaine est rarement une priorité. Pas de quoi décourager ce passionné. Depuis tout petit, cet élève timide et sage de Montana-Village atteint les buts qu’il s’est fixés.

Une ténacité liée au fait qu’il a grandi sans son père, décédé sur un chantier lorsqu’il avait 6 mois? «C’est bien possible. Vu l’admiration que ma mère lui a toujours portée, ce père absent a été plus exigeant qu’un père présent.» L’autre mérite que Jacques Cordonier reconnaît à sa maman, c’est de ne l’avoir jamais placé sur un piédestal, alors qu’il était le frère de deux sœurs plus âgées. «Tous les samedis, je devais nettoyer mes chaussures et jamais je n’ai échappé aux tâches du foyer.»

Un «choc» biographique

Cette simplicité se manifeste lorsqu’il est adolescent. Comme beaucoup de jeunes de la région, Jacques devient caddie au golf de Crans, l’été de ses 12 ans. «Je n’ai pas aimé le décalage entre le luxe de cet univers et ma vie au village. Pour gagner un peu d’argent, j’ai préféré me faire embaucher sur les chantiers, les étés suivants. Pour la petite histoire, j’ai installé toutes les baignoires d’une des tours d’Aminona!» Un décalage qui fait écho à son premier «choc» biographique: «Passer de l’école primaire de Montana-Village, où il y avait deux classes, à la grande école secondaire de Crans. J’ai dû y apprendre les codes d’élèves qui vivaient dans un tout autre contexte que moi.»

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Ce choc fonde une obsession: accompagner la transition entre le Valais d’avant, construit sur une identité commune très forte, et le Valais décloisonné, ouvert sur la société. «Pour moi, la culture est cette entité qui permet aux individus d’être autonomes, capables de prendre des décisions en connaissance de cause.» Une définition qui témoigne de son goût pour l’information. «En effet, je me suis formé comme enseignant, mais je me suis très vite réorienté vers le métier de bibliothécaire, car j’ai toujours été fasciné par les journaux et les documentaires.»

Après une formation en emploi à la bibliothèque de Sion, suivie d’un diplôme de conservateur des bibliothèques à Lyon et d’un autre en sciences de l’information à Paris, le Valaisan travaille quelques mois à Zurich, puis s’installe à Genève où déjà, en 1984, à 29 ans, on lui confie la direction de l’Ecole des bibliothécaires du canton.

Deux ans plus tard, il revient au pays pour diriger la Bibliothèque cantonale du Valais. «Je n’ai pas hésité, car je savais qu’il y avait beaucoup à faire. On avait coutume de dire alors qu’avec ses 50 unités le Valais était riche de bibliothèques pauvres. En plus d’installer le lieu central dans les Arsenaux de Sion, j’ai veillé à ce que chaque site devienne attrayant pour les lecteurs. Mon prédécesseur avait soigné le patrimoine, mon rôle à la tête de ce qui est devenu une médiathèque en 2000 a été de faciliter l’accès à l’information dans sa plus grande diversité.»

Quand artiste devient une profession

Faciliter, le mot lui va bien. C’est exactement ce que Jacques Cordonier fait pour la création artistique depuis 2005 qu’il dirige le premier Service de la culture du Valais. L’idée? Soutenir les créateurs locaux pour éviter leur exode et développer une scène artistique vivante.

«En 2006, nous avons fondé ThéâtrePro, en 2009, MusiquePro, en 2010, nous avons rejoint le Cinéforom et en 2014, nous avons lancé ArtPro, destiné aux plasticiens. Chaque fois, ces soutiens financiers sont donnés à des créateurs reliés à des institutions.» C’est qu’il faut arriver à suivre. D’une dizaine en 2005, les compagnies de théâtre valaisannes sont désormais une trentaine «et les fonds n’ont pas augmenté en proportion, même si le Service de la culture a vu son budget passer de 20 à 30 millions», note le subventionneur.

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Parce qu’il pense mieux en réseau, Jacques Cordonier a organisé avec les acteurs du domaine un atelier de réflexion pour trouver des solutions à ce problème de financement et définir les objectifs et critères de ces dispositifs. «J’aime gérer un service, mais plus encore, j’adore lancer de nouveaux chantiers consultatifs pour améliorer les prestations.» Quand on regarde le parcours de Monsieur Culture du Valais, on pense à ce dicton: «Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin.»


Profil

1955 Naît à Montana-Village.

1988 Dirige la Bibliothèque cantonale du Valais, future Médiathèque, jusqu’en 2008.

2005 Prend la direction du premier Service de la culture du Valais.

2010 Lance Culture Valais, un organisme qui fait notamment le lien entre les arts et l’économie.

2019 Accueille la 6e Rencontre du théâtre suisse.

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