Il y a cent ans, Emile Jaques-Dalcroze a inventé la rythmique. Aujourd'hui, Genève lui rend hommage en organisant le 3e Congrès international du rythme. La manifestation réunit professionnels et amateurs de toutes provenances: musiciens, danseurs et architectes, mais aussi médecins, psychologues et linguistes. Les conférences données jusqu'à dimanche portent toutes des titres plus insolites les uns que les autres. Celui-ci par exemple, au menu de ce vendredi après-midi: «Ecoute ce que tu vois…» L'architecte français Jacques Félix-Faure, auteur de l'exposé, explique: «La matière première de la perception, c'est le rythme. Les yeux ne sont pas les seuls responsables de la vue. Paradoxalement, on voit beaucoup avec les oreilles. La perception acoustique d'un espace peut changer notre manière de le regarder.»

En guise d'illustration, Jacques Félix-Faure parlera de l'abbaye cistercienne (du XIIe siècle) du Thoronet, en Provence, ou encore de la Maison des arts de Bregenz (Autriche), conçu par l'architecte suisse Peter Zumthor, et des chapelles japonaises de Tado Ando. Le dénominateur commun de toutes ces œuvres, c'est l'importance qu'elles accordent à la lumière. Les concepteurs de ces bâtiments ont en effet cherché à transmettre aux utilisateurs des lieux une atmosphère très particulière. «A la Maison des arts, la lumière entre dans le bâtiment de telle manière que vous avez l'impression de la respirer, ajoute l'architecte. Et Tado Ando a conçu une chapelle dont la croix se trouve en dehors des murs, dans le paysage. De l'intérieur du bâtiment, cela donne au croyant la sensation de participer à l'univers.»

Le dernier chapitre de la conférence de Jacques Félix-Faure sera consacré à sa «spatiothèque»: une collection de diapositives censées visualiser des prototypes d'espaces. «L'architecture souffre d'un problème de représentation: pour décrire un espace, nous ne disposons que d'une feuille de papier et de lignes. J'ai donc collectionné des images qui montrent ce qu'est un espace courbe, étroit ou encore un espace qui a la caractéristique de nous donner envie de le traverser.»

Autre point fort du congrès, la conférence et l'atelier prodigués par le compositeur Tom Johnson, les après-midi de vendredi et samedi. Ce musicien américain s'inspire du minimalisme et a étudié avec Morton Feldman et John Cage. Il a notamment composé un opéra de chambre d'une heure qui n'utilise que le ré, le mi, le la et le si. Intitulée Opéra des quatre notes, l'œuvre varie librement ces fréquences. Aujourd'hui, Tom Johnson va plus loin. Non seulement il choisit de travailler avec un matériel restreint, mais il le traite de surcroît selon des règles très strictes. C'est la combinatoire qui lui sert de point de départ: sa «Musique à compter» – titre de la conférence – s'inspire de suites logiques qu'il suffit de remplir avec du matériel sonore. A voir et à entendre.

3e Congrès international du rythme, jusqu'au 25 juillet, Institut Jaques-Dalcroze et Uni Dufour, Genève. Jacques Félix-Faure, vendredi 23 à 16h10. Tom Johnson, vendredi 23 à 16h50 et samedi 24 à 14h30 (atelier). Rens. au 022/736 80 78.