Chantier

Jacques Hainard au chevet du Musée d’art et d’histoire de Genève

Ministre municipal de la Culture, Sami Kanaan mandate une commission d’experts internationaux, dont Jean-Luc Martinez, patron du Louvre. Sa mission: plancher sur des scénarios en vue d’un musée restauré et peut-être agrandi pour 2025

Jacques Hainard, Roger Mayou, les grognards de la République, reprennent du service. Le premier a la verve joueuse de ses réussites, au sein du Musée d’ethnographie de Neuchâtel jadis, au Musée d’ethnographie de Genève par la suite. Le second dirige le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge. C’est à ce duo que Sami Kanaan, ministre municipal de la Culture à Genève, a fait appel pour ranimer le patient Musée d’art et d’histoire, secoué par le non de la population au projet d’extension du bâtiment – le fameux projet Jean Nouvel – et à l’argent de la fondation Gandur pour l’art qui devait financer une partie de l’agrandissement.

Le gratin au chevet du Mah

Ces deux grognards ont des batailles à leur actif. Ils ont du métier, de l’entregent, des relations. Ils seront chargés de présider une commission d’experts suisses et internationaux. Ses membres? Fanni Fetzer, directrice du Kunstmuseum de Lucerne, Martine Gosselink, conservatrice au Rijkmuseum, Hélène Lafont-Couturier qui dirige le Musée des Confluences à Lyon et Jean-Luc Martinez, patron tout-puissant du Louvre de Paris. Bref, c’est ce qu’on appelle le gratin. Leur mission? Auditionner toutes les parties intéressées dans un premier temps, dont ceux qui s’étaient opposés au projet Nouvel. Puis élaborer, dans le courant du premier semestre 2017, avec l’aide d’autres experts, des scénarios. Cet aréopage devrait accoucher courant 2018 d’un projet muséal.

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«Notre objectif est de convaincre et de séduire, explique Sami Kanaan, sous les toits du Palais Eynard. Nous n’avons pas parlé de musée pendant toute la campagne, mais d’architecture. Ce fut notre erreur. Aujourd’hui, nous voulons nous donner le temps de définir le projet muséographique, avant de plancher sur l’enveloppe et les murs. C’est la raison pour laquelle nous avons mandaté Roger Mayou et Jacques Hainard. Nous avons besoin de regards externes, nourris par ce qui fait de mieux ailleurs.» Autour de la table, des mines solennelles acquiescent: il y a là Rémy Pagani, ministre municipal des constructions et de l’aménagement, Roger Mayou, Jacques Hainard et Jean-Yves Marin, directeur du Mah.

«Un processus trop long»

Et les vainqueurs du 28 février, qu’en pensent-ils? Président de Patrimoine Suisse, le Vert Robert Cramer approuve: «La méthode me semble juste. Il faut d’abord définir les besoins, réfléchir à ce que l’on souhaite montrer, puis réfléchir aux éventuels nouveaux espaces. Je suis heureux que le Conseil administratif ait fini par adopter la même ligne que nous.» Son prédécesseur à la tête de Patrimoine, l’architecte et urbaniste genevois Marcellin Barthassat se réjouit aussi de ce tournant. «A la réserve près que nous pourrions aller plus vite, commente-t-il. Ce processus me semble long. Nous avons de notre côté formé un groupe de travail présidé par l’architecte Daniel Rinaldi, nous planchons depuis plusieurs semaines sur des scénarios. Nous remettrons nos contributions au Conseil administratif.»

Un nouveau musée en 2025

Une commission fantôme, dites-vous? «Non, assure Marcellin Barthassat. Nous voulons seulement contribuer à la réflexion et répondre à la demande de la population qui souhaite que les choses ne traînent pas.» Ce qui est sûr, c’est que la cellule dirigée par Roger Mayou et Jacques Hainard entendra toutes les voix. Le futur du Mah s’écrit donc de nouveau d’une encre encore incertaine. «Tout est ouvert, assure Jacques Hainard, même la possibilité qu’on n’ait pas besoin de nouveaux espaces, mais seulement d’une restauration.» Le Mah restauré et/ou agrandi, voire dupliqué sur un autre site, devrait s’épanouir à l’horizon 2025, si d’ici là, il n’y a pas de référendum.

«Un musée d’art et d’histoire, c’est comme un dictionnaire, commente encore Jacques Hainard. Il est fait de lexèmes, l’essentiel, c’est comment on les rédige. Pour qu’ils fassent envie, il faut du style.» Parole de grognard.

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