Comment j’ai fui ma cité

Drame Best-seller autobiographique, «Papa was not a Rolling Stone» donne un film valable

Xavier Dolan n’est pas le seul cinéaste à se nourrir de son autobiographie. Hasard du calendrier, un autre film, pas passé par Cannes et pas vanté par une presse unanime celui-là, sort lui aussi cette semaine. Pourtant, Papa was not a Rolling Stone de Sylvie Ohayon, quadragénaire juive et kabyle qui a porté à l’écran son propre best-seller de 2011, est une jolie surprise qui aurait, elle aussi, pu trouver les faveurs du grand public.

Des choix douloureux

L’ouverture fait peur, avec une Aure Atika rajeunie à l’aide d’effets spéciaux et se faisant culbuter à Paris dans une voiture par un coup d’un soir. Faux départ: c’est celui dans la vie de Stéphanie, l’alter ego de l’auteure. Et nous voici projetés dans les années 1980, quand «Fifi», 16 ans (Doria Achour, une beauté), vit à la cité de La Courneuve auprès d’une mère un peu «absente» et d’un beau-père brutal (Marc Lavoine). Bien décidée à s’échapper de cette prison, elle se plonge dans les livres et travaille dur à l’école, tout en pratiquant la danse sous la férule de Sylvie Testud (premier signe de qualité). Le jour où elle séduit Rabah, sa grosse copine noire Fati comprend qu’elle la perd, mais que «Fifi» risque aussi d’y laisser ses rêves. Car franchir le périph’ nécessite des choix douloureux…

C’est la France de tout en bas, et a priori, on ne meurt pas d’envie d’y passer deux heures. Justement! Avec l’aide de la cinéaste Sylvie Ver­heyde (Princesses, Stella), coscénariste et conseillère artistique de luxe, Sylvie Ohayon ne cesse dès lors d’élargir le cadre de cet envol difficile: familial, communautaire, parisien, français. Du coup, on réalise que ce n’est pas si souvent que quelqu’un brosse un tableau aussi vrai de la France actuelle et de son insidieuse ségrégation sociale. Au passage, le film assume son côté légèrement daté (l’invasion des portables et du porno n’a pas encore eu lieu), sans surfer sur la nostalgie (sauf en exhumant Jean-Jacques Goldman). Mais surtout, il ne cesse de s’améliorer, à l’image de ses interprètes, pas tous des professionnels.

VV Papa was not a Rolling Stone , de Sylvie Ohayon (France, 2014), avec Doria Achour, Marc Lavoine, Aure Atika, Sylvie Testud, Soumayé Bocoum, Rabah Naït Oufella. 1h40.