Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

John Armleder/Art Basel

«J’aime l’absurde. Il nous allège du poids de l’intelligence»

De Lewis Carroll aux haïkus, John Armleder a puisé quelques titres aimés dans sa bibliothèque

Quelle place le livre occupe-t-il dans la vie de John Armleder? «J’ai été libraire», répond-il du tac au tac, pour dire que le livre a tenu une place fondamentale dans sa vie. De 1973 à 1982, il a tenu dans sa galerie une librairie spécialisée en livres d’art. Il a aussi été imprimeur et éditeur. «Chez moi, il y a surtout des livres. Souvent, les gens s’imaginent que les artistes possèdent des collections d’œuvres d’art. Je n’en ai pas en fait. Mon appartement et mon atelier sont tapissés de livres. Je suis fétichiste, même si je ne sais plus du tout ce que j’ai, ni où se trouve tel ou tel titre.»

Les rayonnages peuvent raconter une vie: des essais lus dans les jeunes années (Maurice Merleau-Ponty, Jacques Lacan, Roland Barthes) à la poésie qui a constitué le principal des lectures pendant une longue période. La fiction est venue plus tard. Aujourd’hui, les ennuis de santé limitent l’exercice de la lecture mais ont comme exacerbé ses sensations. «La tumeur au cerveau et surtout l’attaque cérébrale ont provoqué des phénomènes étonnants. Comme mon cerveau doit retrouver des fonctionnements endommagés, ils m’apparaissent plus nettement. Je sais maintenant par exemple, au moment même où je lis un passage, qu’il resurgira dans mes rêves. La frontière entre l’activité cérébrale diurne et celle nocturne est plus poreuse.»

Cette porosité entre monde éveillé et monde onirique a toujours été un sujet d’intérêt pour l’artiste. Pas étonnant dès lors de trouver Sylvie et Bruno de Lewis Carroll dans sa liste de livres aimés. L’auteur d’Alice au pays des merveilles y décrit le voyage en train de deux enfants qui s’endorment et rêvent. «Ils glissent d’un monde qui serait fictif à un monde qui serait réel. Dans le monde fictif, des cartographes essayent de cartographier la terre. Ils finissent par choisir une échelle 1:1, ce qui fait que leurs cartes recouvrent complètement la planète… Au bout du compte, ils conviennent que la Terre est sa propre carte.» Les jeux avec la logique où ce qui est peut très bien être aussi ce qui n’est pas, les expériences avec le langage où ce qui est lisible peut basculer dans l’illisible avec des pages et des pages d’onomatopées et de signes, comme dans Finnegans Wake de James Joyce, autre livre souvent relu, comptent pour John Armleder en ce qu’ils «donnent accès à la valeur de l’équivalence. Une chose peut en remplacer une autre. Quelque chose peut être lisible puis ne plus l’être mais c’est la même chose.»

L’humour absurde, le nonsense anglais, tient aussi une bonne place dans les livres favoris, de Laurence Sterne à Alphonse Allais. «Ma mère était Américaine et ma nanny Anglaise. Le sens de l’absurde est enseigné très tôt dans ce cas-là!» explique l’artiste. «Mon goût du paradoxe vient de là. Et de la poésie zen. Il y a un fort sens de l’absurde dans le zen. L’absurde permet d’éviter le poids de l’intelligence qui fige les choses. Le paradoxe est toujours un déclencheur et on le retrouve autant dans l’exercice de l’illumination que dans les rimes d’Alphonse Allais.»

John Armleder aime s’arrêter sur les lectures du monde différentes de celles données de prime abord. D’où la présence de livres de H. P. Blavatsky, la fondatrice de la théosophie, ou de ceux de Aleister Crowley. «Blavatksy était probablement une borderline. Je m’intéresse à ceux qui décrivent les limites et qui jouent ensuite à la corde raide dessus. Aleister Crowley a construit des mythologies délirantes. Comme dans le zen, il a cherché à échapper aux limites terrestres.»

Robert Musil est présent avec sa correspondance et son journal. «J’aime son grand roman, L’Homme sans qualités. Mais les correspondances et les journaux intimes offrent des éclats, des écarts par rapport à la ligne de pensée maîtrisée du roman. Cette forme de substance ne se retrouve que dans ce type d’écrit. On me reproche parfois mon manque de hiérarchie. Ce serait amoral de mettre tout sur le même plan. Si tout se vaut, rien ne vaut… Je pense au contraire que c’est donner énormément de valeur au monde que de voir de la valeur dans tout. Tout nous transforme et tout se tient. Mes aventures médicales me l’ont confirmé. Vivre ou mourir, ce n’est pas une grande affaire. Les deux font partie du récit

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a