RENCONTRE

«J'aimerais montrer que l'art s'occupe de l'homme, s'occupe de la vie»

L'artiste Paul Viaccoz propose une vidéo au Centre d'édition contemporaine de Genève et une discussion avec un virologue africain, spécialiste du sida, sur l'arteplage d'Yverdon

Professeur en communication visuelle à la Haute école d'arts appliqués de Genève, graveur, peintre, ancien pensionnaire de l'Institut suisse de Rome dont il conserve un souvenir ébloui pour les rencontres qu'il y a faites de spécialistes d'autres domaines, architecture, littérature, archéologie, Paul Viaccoz (né en 1954, vivant à Genève) n'avait plus montré ce qu'il fait depuis longtemps. Or, voici que coup sur coup – sans parler de sa participation à Artcanal au Landeron –, il présente une vidéo au Centre d'édition contemporaine de Genève (jusqu'au lundi 30 septembre à 15 h) et participe (ce dimanche 29 septembre) à une rencontre entre un artiste et un scientifique, à Yverdon, dans le cadre d'Expo.02.

La vidéo montrée à Genève est constituée d'une suite de plans fixes montés un peu comme un diaporama. Mais dont les enchaînements, le rythme soutenu en font une sorte de «ballet», comme l'écrit Véronique Bacchetta, la directrice du Centre. «Un grand bal des horreurs, précise-t-elle, baroque et dramatique, [qui] décline sans répit des images de ville sous surveillance, de violence, de guerre et de tentation.» Une vidéo qui, comme celle des autres artistes du programme (un artiste différent, chaque semaine, jusqu'au 23 décembre), peut être regardée depuis le trottoir, jour et nuit, sans devoir entrer dans la galerie.

Le Temps: Comment un graveur et peintre, plutôt constructiviste comme vous, est amené à proposer une vidéo oscillant entre réalisme et expressionnisme?

Paul Viaccoz: J'ai vécu il y a quelques années un événement assez important. Sortant un jour de mon immeuble du quartier des Pâquis, je me suis fait braquer par trois «mecs» qui sont montés dans ma voiture et dont l'un m'a collé un pétard contre les côtes en m'intimant l'ordre de rouler. J'ai cru ma dernière heure venue. Mais ils m'ont relâché dans un parking, une demi-heure plus tard. J'ai d'abord bien encaissé le choc. Mais cette histoire m'est revenue, un an plus tard, comme un boomerang avec pas mal de difficultés. La période correspondait aussi à une rupture avec la galerie lausannoise avec laquelle j'avais jusqu'ici travaillé. J'ai alors commencé un autre travail centré sur le fait divers, sur des histoires compliquées, recueillies dans les journaux, parfois même un peu hard et un peu gore. J'ai entrepris une suite de dessins, près de 600. Puis, après deux ans, j'ai réalisé que l'image vidéo pouvait être un meilleur instrument et apporter tout son sens, sa puissance, son efficacité à ce type de témoignage, de regard sur le monde, sur la vie.

– Dans la vidéo présentée au Centre d'édition contemporaine, on trouve en effet ces thèmes de tensions, d'angoisses…

– De passage de la vie à la mort, d'un fleuve à traverser avec un bateau. Cette vidéo, intitulée Tout ce que vous trouverez en enfer si vous avez peut-être la chance de ne pas y séjourner, propose plus de 150 images d'un enfer peuplé de mauvaises mais aussi de bonnes choses ou même de choses drôles. C'est un peu cynique.

– C'est aussi, je suppose, une manière de transcender l'épreuve subie?

– Exactement. J'ai totalement profité de cette situation. Je l'ai pressée, exploitée. Mais j'ai également pris conscience que la souffrance n'est pas quantifiable.

– Quant à votre autre projet actuel, dans le cadre d'Expo.02, de quoi s'agit-il?

– La Fondation Science et Cité a demandé à dix artistes d'inviter dix scientifiques pour imaginer des échanges possibles entre l'art et la science. J'ai d'abord pensé inviter un mathématicien, dans la mesure où mon art doit beaucoup à la logique. Puis, il m'est apparu plus pertinent de profiter d'Expo.02 pour rappeler certaines choses, comme cette catastrophe que représente le sida en Afrique et dont on tend à oublier l'ampleur de la menace. Aussi ai-je invité le professeur Souleymane M'Boup, virologue africain, qui a fait ses études en Europe, à Tours, co-découvreur d'un des virus du sida, et qui est retourné travailler sur le terrain à Dakar. Celui-ci viendra avec un petit film de dix minutes, éclairant la situation, afin de nourrir le dialogue. Cette rencontre aura lieu dans le cadre du Cirque des idées, ce dimanche de 11 h à 12 h 30, sur l'arteplage d'Yverdon. C'est aussi pour moi une façon de dire que l'art s'occupe de l'homme, s'occupe de la vie même s'il ne le fait pas au premier degré. C'est une manière de montrer aux autres qu'un artiste ne reste pas forcément enfermé dans sa tour d'ivoire.

Vidéo de Paul Viaccoz. Centre d'édition contemporaine (rue Saint-Léger 18, Genève). Visible depuis la rue, jusqu'au lundi 30 sept. à 15 h. Rencontre avec Souleymane M'Boup. Cirque des idées (arteplage d'Yverdon). Di 29 sept. 11-12 h 30.

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