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James Salter, les avions et la nostalgie

Dans ce roman publié aux USA en 2000, on retrouve tout ce qui fait le charme de l’auteur américain mort en juin dernier. Son héros, le pilote Robert Cassada, semble sortir d’une vignette d’après-guerre

Le poche de la semaine

«Vers la fin de l’après-midi. Dunning était assis à son bureau; il consultait des papiers en s’humectant…»

Genre: ROMAN
Qui ? James Salter
Titre: Cassada
Trad. de l’anglais par Jean-François Ménard
Chez qui ? Points/Seuil, 265 p.

Dans ce roman publié aux USA en 2000, on retrouve tout ce qui fait le charme de James Salter, peintre nostalgique de ses années de jeunesse. Son héros, le pilote Robert Cassada, semble sortir d’une vignette d’après-guerre. Parfaitement sanglé dans sa tenue d’officier, coiffé à l’anglaise, le regard aussi bleu que l’azur, cet apprenti aviateur vient de débarquer dans un escadron de chasseurs de l’US Air Force, sur la base allemande de Giebelstadt. Il a la désinvolture mélancolique des aristocrates, et la fragilité inquiète des héros de Nabokov.

Bien sûr, il rêve d’en découdre, d’entendre vrombir le moteur de son avion sous les coups de boutoir du vent. Mais il devra d’abord apprendre à s’imposer dans la garnison que dirige le commandant Bud Dunning. Lequel, avec ses chemises de laine et sa trogne de macho, «a l’air d’un paysan nourri au maïs, s’apprêtant à sortir un samedi soir».

Et puis, il y a Wickenden, le chef de l’escadrille, guère plus avenant. Dans ce huis clos hostile, Robert Cassada en bave méchamment. Comment devenir à son tour un caïd, rejoindre la cour des grands, entrer dans la salle des briefings «comme les autres, en se curant les dents, un journal roulé dans sa poche revolver»?

Cassada est la chronique de ses désarrois et c’est aussi un récit en partie autobiographique où l’auteur de Une Vie à brûler se souvient de ses séjours sur les tarmacs allemands, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Un monde viril où des têtes brûlées apprennent aux jeunes idéalistes à tutoyer la mort. Jusqu’au crash final, lorsque le héros de Salter disparaîtra tragiquement dans un fracas de tôles brisées, «comme une étoile explosée»…

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