EXPOSITION

James Turrell s'est acheté un volcan dans l'Arizona pour capter la lumière du ciel

Avec ses installations prodigieuses, ses gravures, ses dessins et ses maquettes, il travaille la lumière comme un sculpteur travaille la terre ou la pierre. A Paris, une exposition donne un aperçu de l'ensemble de son œuvre

Sans lumière qui les éclaire, les œuvres d'art n'existeraient pas. Tout le savoir-faire des artistes est de l'apprivoiser pour qu'elle donne une forme intelligible aux objets et aux images qu'ils créent. Est-il possible de chanter la lumière sans l'associer à des images? Depuis plus de trente ans, James Turrell, fils de quakers né à Los Angeles en 1943, ne vit que pour cela.

L'Espace Electra à Paris lui consacre une exposition qui donne un aperçu de l'ensemble de son œuvre. Ainsi, une série de gravures, des aquatintes en noir et blanc (1989-1990), qui «représentent» chacune un volume lumineux inscrit dans un cube. Ou une grande installation (2000) dans laquelle on pénètre par un couloir obscur avec l'aide d'un gardien équipé d'une lampe de poche.

Il est difficile de décrire des œuvres muettes, qui s'adressent d'abord aux sensations et qui supposent un travail de l'esprit auquel notre regard anecdotique ne nous a pas préparé. Quand James Turrell doit expliquer son désir de capturer la lumière et sa manière de la «travailler», il évoque les forêts, les portions de ciel qui se découpent entre les troncs ou les feuillages, et les rayons de soleil qui se dessinent dans la pénombre des sous-bois.

Au début des années 70, James Turrell consacre l'essentiel de son temps au pilotage des petits avions et des planeurs. Il vole souvent au-dessus des déserts de l'ouest des Etats-Unis. C'est au cours de ces vols qu'il conçoit le projet d'aménager le cratère d'un volcan éteint pour le transformer en observatoire des phénomènes lumineux. Son choix se fixe sur le Roden Crater, un cône régulier et relativement isolé dans le Painted Desert. James Turrell y travaille depuis 1972. Son grand œuvre devrait être inauguré à l'automne de cette année.

Dans un film de Carine Asscher, produit par le Centre Pompidou, James Turrell nous fait rencontrer un vieux chef de tribu Hopi qui l'accompagne dans son projet. On les voit s'allonger au sol sur le dos, côte à côte, et regarder, les yeux protégés de la violence du soleil par leur main tendue, la courbe du cratère découpée sur le fond du ciel bleu. Et l'on sent avec eux la substance de l'espace, parce qu'un jour ou l'autre on a découvert la voûte céleste étendu comme eux sur le dos.

Il y a quelques années, Turrell exposait à Lyon une installation entièrement plongée dans l'obscurité. Il fallait attendre de longues minutes pour que les yeux oublient le tintamarre du monde et pour qu'une surface plus claire prenne enfin forme dans l'espace. L'œuvre ambitieuse de Turrell, avec son usage savant des techniques, est un remède contre l'idée que ces techniques ne sont capables de produire que du tohu-bohu.

JAMES TURRELL à Paris. Espace Electra. 6, rue Récamier, 75007 Paris. Tél. 00 33 1 53 63 23 45. Ouvert tous les jours de 12 à 19 h, sauf le lundi. Jusqu'au 18 juillet.

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