Belle comme une déesse, souple comme un félin, Janine Jansen fait du violon l'emblème de la féminité. D'origine hollandaise, cette musicienne a livré l'un des plus beaux concerts du festival samedi matin. L'église de Verbier était bondée, le public suspendu à une sonorité à la fois délicate et timbrée qui n'est pas sans rappeler Arthur Grumiaux.

Car il n'est pas donné à tous de percer la mélancolie sourde de la Sonatine en la mineur opus 137 No. 1 de Schubert. Un violon blessé épanche sa douleur, avec ces éclats qui caractérisent toute plaie intérieure. Le pianiste Itamar Golan, dont le jeu ne cesse de gagner en finesse et en poésie, apporte toute sa science du clavier. Il épouse chacune de ses courbes. Et c'est avec un bonheur palpable que les deux partenaires traversent les soubresauts d'une musique qui, sous d'autres doigts, pourrait paraître mièvre.

Janine Jansen laisse s'épanouir tout son lyrisme dans le magnifique Thème et variations d'Olivier Messiaen. Cette œuvre rarement jouée, culmine dans un chant extatique du violon. L'intensité est à son comble, Janine Jansen étire les phrases jusqu'au paroxysme. La violoniste conserve encore son feu pour la gigantesque Sonate opus 18 de Strauss. Sur le piano symphonique d'Itamar Golan, elle bâtit un discours âpre et fougueux, qui s'apaise dans l'«Andante cantabile» pour reprendre de plus belle dans l'«Allegro» final. Il ne manque plus que les Danses roumaines de Bartok pour ensorceler le public.

L'Américain Garrick Ohlsson, lui, avait fort à faire en entamant son intégrale des 32 Sonates de Beethoven samedi soir. Un récital en dents de scie. Ce colosse, capable de lyrisme et d'intensité (splendide Sonate opus 101), ne saisit pas toutes les facettes du kaléidoscope beethovénien. Il interprète L'Appassionata d'un seul bloc. La rage y est, formidable, mais la dimension ironique et visionnaire lui échappe. Et l'on se demande pourquoi ce musicien, doté d'une folle virtuosité, adopte des «tempi» parfois trop pépères («Finale» de la Sonate opus 7).