Janine Massard. Comme si je n'avais pas traversé l'été. L'Aire bleue, 208 p.

Quand Alia, la narratrice de cette histoire terrible, apprend coup sur coup les malheurs qui accablent ses proches, elle est d'abord incrédule, puis l'angoisse la gagne et la révolte, enfin, s'empare d'elle. Son mari est incendié par une tumeur «flamboyante» qui le condamne à court terme; sa fille Florence, toute jeune encore, qui va de thérapie en thérapie depuis des années, opérée récemment, a des métastases. La mort de son père, un an auparavant, a déjà fragilisé Alia. Mais, à l'image de la romancière, son héroïne est une femme pugnace, qui transforme la tristesse en énergie.

Alia, dont le nom signifie en latin «de l'autre côté», est en fait résolument de celui de la vie. Elle en veut au «scénariste invisible», ce «tordu aux desseins troubles». Et elle lutte, pour ses malades, mais aussi pour son autre fille, la petite Charlotte, prise en otage par toutes ces catastrophes autour d'elle, et pour elle-même.

Janine Massard a écrit plusieurs livres qui traitent de l'injustice sociale, de la difficulté d'être femme dans un monde ouvrier. Parmi eux, La Petite Monnaie des jours, (Prix Schiller 1986, Coll. Poche Suisse), ou Terre noire d'usine, un essai d'ethnologie régionale sur la condition des paysans-ouvriers au XXe siècle (La Thièle, 1990). Comme si je n'avais pas traversé l'été est d'une autre veine, qui n'a rien de sociologique. Le titre n'est pas à la première personne pour rien: derrière Alia, il y a la souffrance de l'auteur elle-même, qui a puisé dans ce détour romanesque avoué la force de trouver «les mots pour le dire». Elle le fait avec pudeur, non sans un humour acerbe par moments. On la sent effleurée par la tentation d'abdiquer, de suivre les disparus. Mais elle résiste: «De ce séjour près de la mort, elle a appris à connaître le prix de la vie comme elle a compris, aussi, que rien n'est jamais fini, pas même un roman», dit-elle à la fin de ce texte sincère et émouvant.