C’est toujours un moment vibrant. Quand les noms des lauréats d’un concours sont révélés au public, une électricité particulière circule entre scène et salle. Dimanche soir au Studio Ansermet de la Maison de la radio, la finale et l’attribution des prix du Concours de composition de Genève, agréablement animées par Anne Gillot, n’ont pas échappé à cette vibration d’émotion, diffusée en direct sur Espace 2.

Le gagnant est donc Shoichi Yabuta, compositeur japonais de 32 ans. Elève du Tokyo College of Music, formé par de grands professeurs, il a déjà été sept fois primé à divers concours internationaux. Billow, magnifiquement défendu par le quatuor Galatea a ainsi remporté l’adhésion du jury du troisième concours de composition depuis 2011.

L’ondulation de cette «vague» sonore évolue par nuages de notes, en strates. Ces mouvements, qui font penser aux multitudes mouvantes de poissons, se condensent et se dilatent en miroitements. Ils se rejoignent et se croisent pour disparaître dans le lointain. Le jury a récompensé l’écriture à la fois serrée et ouverte de cette partition.  

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Sur les quatre finalistes élus, le benjamin de la volée a été gratifié des Prix du public, du jeune public et des étudiants. Le Sud-Coréen Sunghyun Lee (20 ans) a séduit les auditeurs avec un Moment étincelant plein d’énergie et de recherches sonores remarquées. Son langage imagé, bouillonnant d’idées et ludique permet d’entrer aisément dans un univers coloré et très physique.

Enfin, le Portugais Adérito Valente (32 ans) a reçu le Prix spécial de la Fondation Otto et Régine Heim pour sa pièce Onis ex Tempore, dont les explorations musicales toutes en résonances et le scintillement des intervalles offrent des sensations de glassharmonica et d’immobilité animée.

Pour le président du jury Michael Jarrell, la sélection s’est réalisée de façon assez naturelle. «Les jurés se connaissant et se respectant, la discussion et l’échange se sont déroulés assez facilement», révèle-t-il à l’issue de la cérémonie. Ce qui a fait la différence entre les deux Asiatiques primés? «Il nous est apparu clair que Shoichi Yabuta possédait une bonne maîtrise de son sujet et une maturité de langage supérieure, ce qui est normal par rapport à Sunghyun Lee, de douze ans son cadet. Mais le plus frappant est qu’il est très concis dans son discours et qu’il sait s’arrêter au moment juste. Si son vocabulaire est connu et qu’il n’utilise pas des outils ou des formes étonnants ou surprenants, ce qu’il raconte a beaucoup de sens et est très bien mené.»

Les séductions de la pièce du jeune Sud-Coréen ont été abondamment récompensées par trois prix. Pourquoi pas celui du jury officiel? «Nous avons pensé que le talent de ce compositeur doit encore mûrir. Parfois, on a le sentiment qu’il part dans des directions qu’ils ne contrôle pas toujours complètement. Cette verdeur, cet élan sont des atouts formidables qui sont salués et soutenus par les autres distinctions. Ce n’est pas forcément une bonne chose de confirmer si jeune un talent qui peut passer ensuite par des périodes de grands doutes. George Benjamin, par exemple a été célébré de toutes parts à 22 ans. Il a ensuite traversé huit années très difficiles avant de retrouver l’équilibre dans sa veine créatrice.»