Les Japonais de Bow Wow se glissent partout

Architecture Momoyo Kaijima était de passage à Genève. Echos d’une conférence

Nommer son atelier du nom d’une onomatopée canine – version anglaise – et se spécialiser dans la Pet Architecture, une façon de concevoir les bâtiments dans les interstices urbains, leur taille semble-t-elle plus adaptée aux animaux de compagnie qu’aux humains, voilà qui profile l’atelier tokyoïte Bow Wow. De l’humour sans doute, mais aucune agressivité dans cette histoire-là, bien au contraire. A l’image de Momoyo Kaijima, qui présentait mercredi à la Haute Ecole d’art et de design - Genève, quelques projets exemplaires. Son Talking Head a consisté en une heure de balade en images ponctuée de charmants éclats de rire.

L’architecte a fondé Bow Wow avec Yoshiharu Tsukamoto, en 1992, à peu près en même temps qu’elle se lançait dans ses études d’architecture. Ce qui n’est pas un temps révolu. Momoyo Kaijima est du genre à apprendre sans cesse, même quand elle enseigne, au Japon comme à l’étranger, et notamment à l’EPFZ, où elle a elle-même étudié. Apprendre, c’est partager, échanger.

Gracieuse efficacité du dessin

Pour cela, un des moyens volontiers exploités par Bow Wow est le dessin. L’architecte en a montré de fascinants. Souvent réalisés à plusieurs mains, d’une grande finesse, ils sont d’une gracieuse efficacité pour l’enseignement, mais aussi pour faire comprendre la façon de travailler pour un plus large public, ou pour aller de l’avant dans un projet avec les commanditaires.

Quelques photographies, mais surtout un plan en coupe ont ainsi permis au public de ce Talking Head de découvrir l’astucieuse architecture de l’atelier-maison de Bow Wow, tout à fait emblématique de son travail. Quelque 200 m2 seulement, sans aucune porte si ce n’est pour les toilettes et la salle de bains, mais où, garantit Momoyo Kaijima, on ne perçoit pas que tout est ouvert. On n’est en effet pas loin du loft new-yorkais. Le bâtiment, imbriqué dans le paysage urbain, se développe sur douze mètres de haut, en demi-étages, sans que rien ne semble jamais étriqué ni sombre, des salles de travail aux murs remplis de livres jusqu’à la chambre, située tout au sommet. L’architecte s’est plue à signaler le verdoyant paulownia qui a grandi jusqu’aux fenêtres supérieures.

A chaque fois qu’elle citait un arbre, elle donnait ainsi son nom, précisément. Le lien avec le végétal a été exploité dans plusieurs projets de l’atelier japonais. Momoyo Kaijima a ainsi montré des images du Monkey Way, le chemin du singe, développé pour la Biennale de São Paolo en 2006. Ces passerelles de bois qui permettent de sortir par les fenêtres pour se promener parmi les branches ont ensuite été développées pour visiter toute une partie de Linz à partir des toits et des bulbes de clocher. Le projet autrichien a connu deux étapes, en 2009 et 2011.

Il était largement l’heure de ­dîner quand Momoyo Kaijima a conclu sa présentation sur d’innombrables photos de ces délicats arrangements de nourriture qui font la réputation du Japon. Tout en harmonie, sans rien d’excessif dans le geste (genre découpage de légumes en dentelles et autres prouesses). Liées à un projet autour du bento, cette boîte dans laquelle les Japonais emportent leur repas, ces recettes étaient aussi à l’image de l’architecture de Bow Wow. Elles liaient l’utile à l’agréable.