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Le parc «Not Dal Mot», œuvre du Grison Not Vital, est ponctué d’installations qui semblent se fondre dans la nature. 
© Vargas

Réalisation

Dans le jardin de Not Vital

Réalisateur chilien installé en Suisse, Sebastian Vargas a profité d’une commande du groupe bernois All XS pour réaliser un clip à la gloire de l’œuvre de l’artiste grison Not Vital

A la deuxième minute de la vidéo, un homme en capeline traverse un pont. Il porte sur ses épaules une tige métallique. Sebastian Vargas, réalisateur, l’a trouvée près de la piscine, à l’entrée du jardin de sculptures de l’artiste grisonnais Not Vital qui sert à la fois de cadre et de sujet au dernier clip des bernois All XS, «Soft as Ice»: «Cette tige en métal, c’est une perche qui permet aux grenouilles de sortir de l’eau pour s’épargner la noyade.»

Un peu plus loin, on tombe sur une échelle discrète qui mène à une minuscule cabine. Not Vital, artiste attentionné, l’aurait construite «pour que sa petite amie puisse profiter de la beauté du paysage». Ou ce Pont Invisible qui enjambe un ruisseau et dont les parois réfléchissantes se confondent avec la forêt. «Je suis sensible à cette idée d’un art utilitaire mis au service de la contemplation de la nature, tout en restant très inventif. Not Vital se sert de l’œuvre pour transformer la réalité en fiction, mais sans la déranger.»

On peut donc être un pivot de la scène artistique contemporaine, vivre et travailler entre la Chine, le Brésil, la Patagonie et la Suisse, avoir débuté à New York aux côtés de Keith Haring et de Jean-Michel Basquiat et se soucier encore du sauvetage des batraciens. Tel serait l’artiste grison Not Vital. En visite chez lui à Sent, le New York Times ne s’y est pas trompé, qui lui a consacré le titre, qui est un oxymore, «d’homme le plus gentil de l’art contemporain».

Parc de trompe-l’œil

Sebastian Vargas est, lui aussi, tombé sous les charmes de cette sollicitude. Lorsque les membres d’All XS lui donnent carte blanche pour réaliser le clip de «Soft as Ice», comptine électronique, chorale et vaporeuse comme une bulle de savon, le réalisateur y voit immédiatement l’opportunité de révéler au monde l’un des secrets les mieux gardés de Suisse: l’œuvre de Not Vital, sculpteur d’espaces et de matériaux nobles, peintre, architecte onirique, explorateur nomade né en 1948 à Sent, en Basse-Engadine.

Une langue de terre escarpée qui s’avance entre l’Italie et l’Autriche, un endroit difficile d’accès où l’hiver dure sept mois, une poche de résistance romanche, une région alpine cernée de vues imprenables. Bien qu’ayant des ateliers disséminés sur les cinq continents, Not Vital reste très attaché à son pays natal, sa palette blanche, ses silences, ses constructions vernaculaires qui inspirèrent au Corbusier le goût des petites fenêtres. Sur le domaine familial, à l’endroit même où il construisait autrefois des cabanes, l’artiste au chapeau a planté «Not Dal Mot», un parc ponctué d’installations dont les formes et les couleurs semblent se fondre dans la nature, en trompe l’œil ou en écrins, mais toujours intégrées dans leur environnement.

Entre le cadre et l’objet

Sebastian Vargas découvre l’existence de ce jardin au cours d’une de ses séances «d’exploration». «Je suis un geek de l’architecture, je peux faire plusieurs centaines de kilomètres pour aller voir un bâtiment.» Quelques années plus tôt, au Chili, après des études de cinéma, il réalisait un film de campagne pour protester contre la construction d’une centrale électrique. La vidéo enflamme les plateformes de diffusion, le projet est abandonné.

Sur YouTube et Vimeo, la révolution des formats est en marche, saturée de possibles. Sebastian Vargas s’ouvre à la communication visuelle animée en absorbant les nouvelles technologies de l’image. Il complète sa formation à l’ECAL et crée le studio Kairos. De son passé de documentariste, il garde un œil qui scrute constamment le paysage pour le convertir en images.

A Sent, il est immédiatement sidéré par le travail de Not Vital: «J’aime voir des œuvres au musée, mais quand le contexte naturel provoque une illusion entre le cadre et l’objet, c’est puissant. Est-ce que c’est de l’art, est-ce que c’est une cabane? Là-bas, la beauté radicale du paysage est mise en valeur par les installations: c’est une expérience de l’espace qui ne passe pas par l’intellectualisation mais par des émotions directes.»

Déambulation contemplative

Ce travail, il ne peut se résoudre à le filmer comme un arrière-plan. Il imagine alors un scénario à rebours des vidéoclips traditionnels et de leurs mises en scène flatteuses: ici, les musiciens seront au service du cadre. «J’ai contacté les équipes de Not en leur expliquant à quel point j’avais été frappé par ce parc qui s’intègre si parfaitement au paysage. En conséquence, je ne pouvais pas faire autrement que de placer des personnages qui prendraient soin des œuvres de la même manière dont Not Vital prend soin de son environnement. Ils ont accepté.»

Pendant trois jours, armés de brosses et de balais, les quatre membres d’All XS transformés en technicien de surface ont déblayé, policé et lustré. Leurs gestes sont lents, délicats – ils guident le spectateur dans une déambulation contemplative. A la fin du morceau, ils finissent par se confondre à leur tour dans l’œuvre de Not Vital en disparaissant littéralement de la surface du sol. C’est la maison-camembert, peut-être la pièce la plus frappante du jardin, qui sort et rentre de terre dans un bruit de rouages et de turbines.

Clip à découvrir sur Vimeo: https://vimeo.com/263509544

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