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chroniques

Dans les jardins secrets de Zadie Smith

Dans «Changer d’avis», la romancière anglaise regroupe des articles sur ses admirations littéraires, le métissage, des portraits de Katharine Hepburn et de Barack Obama

Genre: Chroniques
Qui ? Zadie Smith
Titre: Changer d’avis
Trad. de l’anglais par Philippe Aronson
Chez qui ? Gallimard, 430 p.

Née en 1976 dans le nord de Londres d’un père anglais et d’une mère d’origine jamaïcaine, Zadie Smith n’a eu besoin que d’un seul roman – Sourires de loup, écrit à 24 ans – pour devenir une star des lettres et faire le tour du monde des traductions: vendue à près d’un million d’exemplaires, cette saga survoltée nous plonge dans le maelström de Willesden Green, le quartier multiracial londonien où se regroupent tous les déracinés de la planète, sous les regards croisés de Shiva et d’Allah. Et l’on retrouve la même thématique dans le second roman de Zadie Smith, L’Homme à l’autographe, dont le héros – un Londonien paumé, Juif par sa mère et Chinois par son père – est contraint de surfer sur une identité introuvable: il se console en collectionnant les autographes de ses stars préférées, et sa pitoyable quête est l’occasion, pour la Britannique, de fustiger une société qui pratique le fétichisme comme une nouvelle religion.

Si Zadie Smith est une moraliste amère, en tant que romancière, elle sait aussi pratiquer l’exercice d’admiration. La preuve, les articles réunis dans Changer d’avis, un recueil où elle rend hommage à Nabokov, à Proust, à George Eliot, à Kafka – «Monsieur tout le monde» –, à David Foster Wallace – l’écrivain américain disparu en 2008 – ou à une romancière oubliée, Zora Neale Hurston, l’auteure d’Une Femme noire lue dès l’adolescence. D’un texte à l’autre, on est frappé à la fois par l’éclectisme, par l’humour et par l’érudition – pudique – de Zadie Smith, laquelle nous entraîne dans ses jardins secrets en revendiquant le droit à «l’incohérence idéologique» et en montrant que la vérité est toujours relative puisque, «au fil des ans, notre opinion ne cesse d’évoluer».

La lecture, le rapport à la fiction, le cinéma, les voyages, la question du métissage, voilà les autres axes de ce bloc-notes qui tient du musée imaginaire aussi bien que de l’autoportrait avec, au détour, des clins d’œil à Katharine Hepburn ou au président Obama. Dans un texte très vif, Mille fois sur le métier, Zadie Smith parle également de sa manière de travailler et de l’angoisse du romancier quand il est seul devant la page blanche, face à des personnages qui lui résistent. «Si le ton est là, tout le reste suit, note-t-elle. C’est ce dont parlent les décorateurs d’intérieur lorsqu’ils discutent d’une nuance de peinture.»

A lire, aussi, un remarquable reportage sur le Liberia, foyer de guerres civiles où Zadie Smith a rencontré des enfants-soldats et d’autres témoins – ou victimes – d’une violence à laquelle ils ne comprennent rien, pour la plupart. Avec, pour seul quotidien, des décors «post-apocalyptiques» et, pour seule certitude, l’impression de «vivre dans la coquille vide d’une existence passée».

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