theatre

Java identitaire pour jeunes libertaires

Vincent Brayer et ses comédiens proposent une digression libre et joyeuse sur les notions d’identité et de personnalité.

Se passer la balle du «Je». Parler de l’orgasme, de Pompéi, de la grande barrière de corail, du mythe de Narcisse et d’oraison funèbre avec la même liberté décomplexée. Démêler ce qui, dans une personnalité, appartient à l’individu et au collectif. Se filmer et se projeter sur un ventre dénudé, comme une signature à même la peau de l’être aimé. Jouer avec du lait, du plâtre, des plantes, comme support de récit et de pensée.

Depuis son ouverture, en 2003, La Manufacture a donné naissance à une génération d’acteurs-auteurs qui aiment et savent se raconter. La preuve avec Dites-moi qui je suis (que je me perde), deuxième création de Vincent Brayer, metteur en scène mathématicien. Dans Restons ensemble, vraiment ensemble , Vincent Brayer dévoilait les rêves d’une famille névrosée, et se demandait s’il pourrait vivre en connaissant les pulsions et désirs de ses proches.

Dans ce deuxième travail, le propos est plus ouvert, plus délié. Avec Claire Deutsch, Pierre-Antoine Dubey, Charlotte Dumartheray, Thibauld Duval, Emilie Charriot et Aurélien Patouillard, comédiens associés au projet, le metteur en scène tisse une toile souple, où chacun amène une vision de l’être et de la société.

Thibault propose à Emilie un scénario de rêve avec voyage en mer, enfants et pêche à volonté, mais c’est Claire qui aurait aimé recevoir cette invitation à plonger. Claire qui, ne sachant plus qui elle est, est décrite sans pitié par l’assemblée. Charlotte voit l’Amazonie dans des plantes vertes, tandis qu’Aurélien se plâtre la jambe, en souvenir des victimes de Pompéi figées par la cendre dans leur lit. Et Pierre-Antoine? Il plaide pour la normalité en luttant contre le vide qu’il sent en lui. Chaque proposition est reprise, soutenue, commentée par le collectif, et c’est un ballet sensible, avec ses emballements et ses pauses, qui s’écrit.

Dites-moi qui je suis (que je me perde), Théâtre de l’Usine, Genève, jusqu’au 28 avril, 022 328 08 18, www.theatredelusine.ch

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