Sacré Javier Cercas! Il ne manque pas une occasion de se mettre en scène dans ses propres romans. Une manière de rappeler que si l’auteur devient une fiction, le statut même de la fiction s’en trouve ébranlé. Dans Indépendance, c’est son précédent roman, Terra Alta, qui est vertement critiqué par ses propres personnages qui lui reprochent d’avoir falsifié le réel. L’astuce est particulièrement subtile, elle rappelle la précarité de la vérité, en particulier quand elle dérange. Ce qui est à l’évidence le cas dans Indépendance. Sous couvert d’enquête policière, le roman met en scène et dénonce sans détour les agissements secrets et les stratégies malhonnêtes des élites politiques et économiques catalanes qui, prétextant de lutter pour l’indépendance, se battent surtout pour préserver les privilèges de leur caste.