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Avec Jay-Z et Beyoncé, au Louvre. Visite guidée.
© Capture d'écran du clip.

Musée

Avec Jay-Z et Beyoncé, «le Louvre devient une marque cool»

Le musée compte sur le succès du clip tourné par le couple d’artistes américains pour attirer de nouveaux visiteurs

Devant La Vierge au coussin vert, le regard d’Eline Decoste, 13 ans, navigue entre le tableau du peintre Solario et son téléphone, sur lequel est ouverte la description de l’œuvre entre deux paragraphes sur la Victoire de Samothrace et la Pietà de Rosso Fiorentino. «Ce sont des œuvres que j’ai pu apercevoir en cours, glisse la jeune fille, originaire de la banlieue parisienne. Je ne sais toujours pas comment les interpréter, mais c’est bien de les voir en vrai.»

Au cours de cette matinée ensoleillée du mois de juillet, Eline visite pour la première fois le Musée du Louvre. «Je pensais l’y emmener depuis longtemps, explique sa mère, Stéphanie Decoste, à ses côtés au milieu de la Grande Galerie. Après avoir vu le clip de Beyoncé et Jay-Z, on s’est dit que c’était l’occasion.»

Lire aussi la chronique: Beyoncé et Jay-Z, un disque pour sceller une passion retrouvée

Pendant une heure et demie, elles vont suivre un guide mis en ligne par le musée répertoriant les 17 œuvres utilisées comme références par le duo, sous leur nom The Carters, dans le clip du morceau APES**T, issu de leur album Everything is Love.

Tourné pendant deux nuits dans l’enceinte du Louvre, il donne à voir plusieurs tableaux majeurs de la collection permanente — La Joconde de Léonard de Vinci, Les noces de Cana de Véronèse, Le sacre de Napoléon de Jacques-Louis David — et des œuvres moins connues du grand public — l’Officier de chasseurs à cheval de Géricault, la statue d’Hermès rattachant sa sandale, le Portrait d’une femme noire de Marie-Guillemine Benoist.

«Des partenariats qui ont du sens»

Pour le musée, l’opération est déjà un succès: depuis sa sortie, le 16 juin, le clip a été vu par plus de 80 millions de personnes. «On essaie de trouver des partenariats qui ont du sens», dit Anne-Laure Béatrix, directrice des relations extérieure au Louvre, qui veut exploiter cette visibilité pour toucher un public considéré comme éloigné de l’art classique, peu à même de faire la démarche d’une visite dans un musée comme celui-ci.

Un tel résultat — les conséquences sur la billetterie sont difficilement mesurables pour l’instant, selon le Louvre — serait inédit: également tournés dans le musée, le clip de will.i.am Mona Lisa et le film Da Vinci Code n’avaient pas suscité le même engouement de la part du public.

«Il y a une étincelle qui s’opère chez les jeunes quand on les accroche en utilisant cette référence, appuie Pierre-Hadrien Poulouin, médiateur du musée. Le Louvre devient une marque cool, où il peut se passer des trucs intéressants.»

En animant un atelier avec les adolescents d’un service de pédopsychiatrie de l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), Pierre-Hadrien Poulouin a vu «leur capacité d’attention battre des records: on a passé deux heures dans le musée, et ils en voulaient encore». Les artistes deviennent le lien entre deux mondes culturels, «créant une curiosité autour des œuvres», selon le médiateur, qui devrait réitérer l’expérience dans un partenariat avec les écoles de la deuxième chance — destinées aux jeunes de moins de 26 ans, sans diplôme ni qualification professionnelle — dès la rentrée prochaine.

Lors d’une visite avec la maison d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise), «un groupe de jeunes détenus s’est arrêté devant la Victoire de Samothrace», raconte également Anne-Laure Béatrix pour montrer la diffusion de l’œuvre permise par le clip. «Ils ont pris des photos en reproduisant la pose prise par les danseurs autour de Jay-Z et Beyoncé.»

«Le regard de cette femme, on ne l’oublie pas»

«La qualité du travail qu’ils ont produit fait que le musée n’est pas simplement un décor, mais s’intègre dans le contenu même du clip», continue Anne-Laure Béatrix. Dans la vidéo de six minutes, les deux stars américaines mettent en scène leur immense réussite sociale et artistique, composent autour des œuvres un message de revendication des droits des Afro-Américains, font se croiser les codes les plus récents du hip-hop avec ceux d’un art multiséculaire. «Au-delà du symbole, leur vidéo nous permet de travailler sur la représentation du pouvoir par l’image», autant dans les œuvres que par la forme prise par le clip, constate Pierre-Hadrien Poulouin.

C’est ce que cherche à comprendre Sofia, 23 ans. «Je suis déjà venue au Louvre, mais certaines œuvres du clip m’ont interpellée», explique la Parisienne en observant le dernier tableau du parcours: Le Portrait d’une femme noire de Marie-Guillemine Benoist. Peint par une femme en 1800, incarnant pour l’une des premières fois une femme noire en dehors d’une représentation de l’esclavage, le tableau s’inscrit au centre du message porté par The Carters et constitue l’avant-dernière image du clip.

«Quand on a la chance d’avoir des ambassadeurs qui nous disent de regarder ces œuvres, tout d’un coup, le regard de cette femme, on ne l’oublie pas», appuie Anne-Laure Béatrix. Le musée compte bien sur la mémoire de tous les fans de Jay-Z et de Beyoncé pour qu’ils gardent, à leur tour, le Louvre en tête.

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