Carla Bley And Her Remarkable Big Band. Appearing Nightly. (Watt/Phonag)

Pochette rétro pour musique du futur? Peut-être, mais un futur parallèle, hors évolution: le futur à usage personnel de Carla Bley, celui où son sens inné du décalage lui ménagerait à la fois un havre pour ses vieux jours et un retour sans enfantillages à ses racines. Parce qu'elle a souvent dit son amour des big bands, à commencer par les tout à fait classiques dont elle avalait goulûment, bien avant de devenir Madame Bley, les rasades de potion pour elle magique. De la vie des big bands elle connaît toutes les palpitations secrètes, les joies démesurées comme les angoisses programmées (survivront? survivront pas?). Et s'ils survivent si bien, c'est en partie grâce au sien qu'elle s'arrange pour placer en haut de l'affiche. D'où le côté tout à fait naturel, disons même touchant, de cet hommage qu'elle leur rend à sa façon: pas un hasard si «Greasy Gravy», placé en exergue de ce concert parisien de l'été 2006, s'ouvre et se clôt sur un magnifique second degré.

Mais trop de second degré ankylose le swing, elle le sait et tient plus que jamais à distance sa verve ironique. A la causticité elle préfère ici le jeu des clins d'œil, s'appuyant notamment sur le gros son de trombone de Gary Valente pour évoquer, via Tricky Sam Nanton, la phalange ellingtonienne, et sur la basse de Steve Swallow dont le rôle d'épine dorsale est assez comparable à celui de Freddie Greene chez Count Basie. Vivifiant.