C'est une formation suisse qui ouvre ce soir le vingtième AMR Jazz Festival. A la tête du nouveau quintette, deux Genevois: le pianiste Léo Tardin et l'harmoniciste Grégoire Maret, tous deux nés au milieu des années 70, ont partagé leurs premières scènes. Ils ont vécu ensemble la naissance d'une passion pour les musiques improvisées. Et ont étudié dans la même école new-yorkaise, la New School.

Pourtant, si Léo Tardin a décidé de retourner à Genève pour y développer des projets personnels, Grégoire Maret s'est fait comme happer par la Grande Pomme. Depuis deux ans, il enchaîne les collaborations prestigieuses. Steve Coleman, Jacky Terrason, Freddie Hubbard et Max Roach font partie de son carnet d'adresses. Autre émule de la New School et frère de Grégoire, Nicolas Maret complète au vibraphone et aux percussions un quintette saisissant.

Formés aux Etats-Unis, les trois Genevois ont une vision particulière de la scène nationale. «Je ne sais pas si la notion de «scène suisse» est valable, affirme Grégoire Maret. On peut constater l'émergence de personnalités, telles que le trompettiste Matthieu Michel par exemple, mais il n'y a pas vraiment de mouvements liés au jazz comme à New York.» Chez Léo Tardin, le questionnement reste prégnant: «Je me demande si, en Suisse, le manque d'identité culturelle propre n'incite justement pas à se lancer dans le jazz qui est lui-même un genre métissé.» Métis, le mot résume à lui seul la musique d'un groupe qui maraude entre le swing pur, des inspirations africaines, une frénésie d'inventions. Grégoire Maret y apparaît comme l'incontestable révélation de ces dernières années. Sens aigu de la dynamique, génie de la phrase juste, cet harmonica ne ressemble à aucun autre. Financée en partie par le Pour-Cent culturel Migros et par la Ville de Genève, la tournée suisse du quintette révèle une nouvelle scène effervescente. Pour laquelle les projets se réalisent dans l'urgence pécuniaire, mais d'abord dans l'urgence de jouer.

Léo Tardin/Grégoire Maret Quartet Plus Nicolas Maret: en concert. Puis, Albert Mangelsdorff et Wolfgang Dauner. Me 14 mars à 20h30. A l'AMR/Sud des Alpes à Genève. Rés. 022/716 56 30.