Boss du Montreux Jazz Festival, Claude Nobs est par ailleurs l'un des deux directeurs de Warner Suisse. A ses tâches de management pour la multinationale américaine, le Montreusien ajoute par ailleurs celle de tête chercheuse dans le domaine des nouvelles technologies. Parfois mise en cause, cette double casquette ne pose pas de problème au Vaudois.

Claude Nobs: Si vous regardez l'affiche de cette année, le groupe Universal (fusion de PolyGram et d'Universal) a beaucoup plus d'artistes que la Warner. Le fait de porter une double casquette ne pose à mon avis aucun problème. Les deux choses sont clairement séparées. D'ailleurs, une seule des cinq soirées dédiées à un label concerne Warner.

Le Temps: Montreux semble peu s'intéresser aux nouveaux talents du jazz. Pourquoi?

– C'est un choix délibéré. J'ai beaucoup d'admiration pour les responsables du festival de Willisau qui s'est spécialisé dans les nouvelles tendances du jazz. Il n'y a pas de raison que Montreux avec sa grosse machine laboure le même terrain que Willisau ou même Cully. Lorsque nous programmons du jazz dans l'Auditorium Stravinski, nous devons être sûrs de remplir. Avec la venue simultanée le 12 juillet d'Herbie Hancock, Pat Metheny et David Sanborn et Thierry Lang, certains parleront d'overdose, mais l'essentiel, selon moi, est que les gens sortent de la salle contents.

– Que répondez-vous à vos détracteurs qui déplorent que votre festival n'ait de jazz que le nom?

– J'ai devant moi une étiquette de l'édition 1976 du festival, on ne lit pas le mot jazz dans l'affiche. On a mis par la suite le nom de jazz, parce que le courrier qui nous parvenait faisait mention de jazz. Mais pour vous dire franchement, lorsque j'établis ma programmation, je ne fais plus cas de l'étiquette jazz. C'est pour moi un label synonyme de qualité, mais pas de genre musical précis. Et cela n'a jamais été le cas. Lors de la deuxième édition du festival, j'avais fait venir Ten Years After, je me rappelle avoir entendu des critiques annoncer «La fin de Montreux». Ce qui est vrai, c'est que progressivement, nous avons perdu le public strictement jazz, mais nous avons gagné un auditoire plus large. Mon but est d'ouvrir l'oreille des jeunes à ces musiques.

– Quel est votre coup de cœur pour l'édition 1999?

– Le concert le plus inédit à mes yeux est celui du groupe de Jimmy Rogers, le 5 juillet. Pourquoi? Parce qu'il réunit des musiciens très différents mais qui reviennent tous à leurs racines pour ce projet. On y verra Stephen Stills, Taj Mahal, Chris Rea et peut-être Mick Jagger. Cela marquerait un anniversaire: il y a 35 ans, j'avais organisé dans le cadre du concours Rose d'or de Montreux le premier concert des Rolling Stones sur le continent européen. Le groupe avait partagé l'affiche avec Adamo et Petula Clark.