C'est Philippe Jaccottet qui présente ces brefs textes de Jean Eicher dit Loiseau, peintre et facteur de clavecins vaudois qui a longtemps vécu à Aix-en-Provence. Par la grâce d'un coup de crayon qui ne manque ni de couleur ni de vivacité, ces croquis évoquent trois personnalités pittoresques: Lélo Fiaux, peintre non conformiste qui a marqué la bohème lausannoise des années 50, l'écrivain Charles-Albert Cingria et sa bicyclette, une précieuse Perly de course ultra-moderne qu'il prête aux gamins des bords du lac, et dans un étonnant petit récit, l'élégante princesse Maria de Gourmont. «Pain y a – Viande y a pas»: au reçu de ce message, le narrateur et ses deux compagnons – la princesse est de l'équipée – entreprendront de rendre visite au peintre Iliazd en ses terres de Trigance dans le Haut-Var. Leur hôte, en grand seigneur, les héberge dans l'un de ses palazzi, une ruine infestée de rats où l'on fait griller les côtelettes apportées par les invités. La princesse trouvera asile dans un vaste placard. Il y aura une fête au village, parmi crétins et goitreux. Sans renier la tristesse de la scène, le tout est raconté de façon si glorieuse et jubilatoire que nous voici en plein conte.