L’artiste à la voix grave fut l’interprète d’oeuvres devenues des classiques de la chanson française comme «Ma Môme», «Nuit et brouillard», «Potemkine», «Aimer à perdre la raison», «La femme est l’avenir de l’homme» et «C’est beau la vie».

A l’écart du show business, rare à la télévision, Jean Ferrat s’était retiré dans les années 1970 en Ardèche, région qui lui avait inspiré sa célèbre chanson, «La Montagne».

Aussi prolifique que discret, Jean Ferrat a composé et interprété environ 200 chansons, mêlant textes engagés, hommages au poète et romancier Louis Aragon et déclaration d’amour à l’Ardèche.

Né Jean Tenenbaum le 26 décembre 1930 à Vaucresson (banlieue parisienne), Jean Ferrat avait perdu à l’âge de 11 ans son père, juif émigré de Russie en 1905 et mort en déportation à Auschwitz. Il fut sauvé grâce à des militants communistes, ce qu’il n’oubliera jamais.

Textes engagés

A la Libération, il quitte le lycée pour aider sa famille et devient aide-chimiste jusqu’en 1954, date à laquelle il passe ses premières auditions dans des cabarets parisiens.

Rapidement, Jean Ferrat choisit d’interpréter des textes engagés, comme «Nuit et Brouillard» (1963), rappelant les horreurs de la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale, une chanson non diffusée par les radios, puis «Potemkine» (1965), à la gloire des marins du cuirassé de la mer Noire, dont la mutinerie fut le prélude de la révolution russe de 1905, interdite d’antenne.

Compagnon de route du Parti communiste français (PCF), sans jamais en avoir été membre, il affirme haut et fort ne pas tout accepter du parti. Ainsi ses chansons «Camarade» qui dénonce l’invasion russe de Prague en 1968, ou «Bilan» en réponse au «bilan globalement positif» dressé par le PCF sur les pays de l’Est.

En 2007, Jean Ferrat s’était prononcé en faveur d’une candidature de l’altermondialiste français José Bové comme représentant d’une gauche antilibérale pour l’élection présidentielle.

Son dernier engagement politique se situait dans le cadre de la campagne des élections régionales avec le soutien de la liste du Front de Gauche en Ardèche.

Albums consacrés à Aragon

En 1974, deux ans après avoir arrêté de se produire sur scène, et en 1995 il consacre avec succès deux albums à Louis Aragon dont il met les textes en musique (»Que serais-je sans toi?», «Heureux celui qui meurt d’aimer»).

Lors d’une rare interview à la télévision, en 2003, il s’insurge contre la grande industrie du disque qu’il estime dangereuse pour la liberté de création. Jean Ferrat a été marié à la chanteuse Christine Sèvre, décédée en 1981.

Le président Sarkozy a appris «avec beaucoup de tristesse» la mort de Jean Ferrat. «Chacun a en mémoire les mélodies inoubliables et les textes exigeants de ses chansons», peut-on lire dans un message de l’Elysée. Le Premier ministre, François Fillon, a aussi fait part de son «émotion».