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En ouverture de saison, les marionnettes géantes de la compagnie nantaise Royal de Luxe débarqueront pour la première fois en Suisse.
© AFP Photo/Fred Tanneau

Scènes

Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge: « Nous allons conquérir de nouveaux publics»

Le directeur du Théâtre de Carouge dévoile une programmation flamboyante dans un contexte périlleux. Cet automne, les Carougeois se prononceront sur la construction d’un nouveau bâtiment, à la suite du référendum lancé par le MCG

En tenue de combat. Non pas en treillis, ce n’est pas le style de la maison. Mais le patron du Théâtre de Carouge, Jean Liermier, sait que cet automne sentira la poudre, les charges à la baïonnette, les escarmouches éclair, et que le débat sera véhément sur les terrasses de la ville sarde.

La raison de cette bataille? Le Théâtre de Carouge justement, son bâtiment du 39, rue Ancienne, sa salle de 400 places souvent bondée. La Ville de Carouge a voté en février un crédit de construction de 24 millions pour reconstruire une nef fissurée de partout. Le canton, l’association des communes, la fondation de l’institution étaient prêts à apporter de leur côté 30 millions.

Une saison qui a valeur de manifeste

Mais le MCG ne l’entendait pas de cette oreille. Il dénonce «une dépense astronomique» et milite pour une rénovation de la structure actuelle. Son référendum a abouti. Et les Carougeois voteront cet automne. La demi-saison que Jean Liermier vient de dévoiler aura donc valeur, qu’il le veuille ou non, de manifeste. Ça tombe bien, elle est formidable.

Jugez. En ouverture, les marionnettes géantes de la compagnie nantaise Royal de luxe débarqueront pour la première fois en Suisse. Elles festoieront dans toute la ville et jusqu’au lac: près d’un million de spectateurs sont attendus en trois jours, en provenance de toute la région. Le programme se poursuivra avec un Cyrano de Bergerac incarné par ce diable doux de Gilles Privat.

En guise de perles, trois accueils encore: Le Songe d’une nuit d’été par les acteurs russes du Théâtre Fomenko; Cold Blood, ronde infernale signée du cinéaste Jaco Van Dormael et de la chorégraphe Michèle Anne De Mey; Le Chant du cygne de Tchekhov par le merveilleux Roger Jendly.

Le Temps: Faut-il vraiment reconstruire le bâtiment actuel?

Jean Liermier: Il est dans un état qu’on n’imagine pas. Il y a des fuites d’eau à l’intérieur de la cage de scène, des tuyaux menacent d’exploser. Surtout, la salle François Simon ne répond plus depuis longtemps aux normes écologiques et de sécurité. Quand j’ai pris mes fonctions en 2007, la Ville de Carouge avait déjà commandé une étude pour remédier à ces dysfonctionnements. Les experts avaient estimé la rénovation du bâtiment à 26,5 millions.

- Mais alors pourquoi ne pas revenir à ce scénario?

- Parce que cela ne résoudrait pas le problème d’une institution dont les activités sont réparties entre deux lieux, la salle François Simon et l’immeuble très vétuste du 57, rue Ancienne. Le nouveau bâtiment permettra de concentrer l’administration, la création, les ateliers, etc. Son coût, en outre, est loin d’être faramineux: 54 millions, c’est le prix d’une école. Les Carougeois en payeront 24, dont 6 ont déjà été investis dans le crédit d’étude. C’est moins que les 26,5 millions annoncés en 2007 pour la rénovation.

- Ferez-vous campagne?

- C’est le rôle des politiques. Mais nous serons présents grâce à un container que nous avons acheté pour y loger Les Boulingrins de Georges Courteline et Feu la mère de Madame de Feydeau. Ce spectacle tournera en juin sur les places carougeoises et les représentations seront l’occasion de discussions. Avec notre camion, nous aurons bientôt aussi la possibilité de jouer dans des lieux insolites et de rencontrer de nouveaux publics, pour augmenter celui qui nous suit déjà.

- Qu’attendez-vous de la présence des géants de Royal de luxe?

- Je voudrais que ces trois jours soient l’occasion de fédérer non seulement un immense public, qui viendra de toute la Suisse et de la région Rhône-Alpes, mais aussi des acteurs économiques et culturels. La Ville de Genève et le canton travaillent avec nous pour que cette création hors du commun marque les spectateurs à jamais. A Nantes, le coucher de la grand-mère géante a été suivi par près de 400 000 personnes.

- Vous proposez deux autres accueils internationaux, le Théâtre Fomenko et le duo formé de Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey. Est-ce à dire que vous allez développer un nouvel axe?

- C’est l’ambition à moyen terme, celle de pouvoir accueillir de grandes productions. Le nouvel outil nous le permettra. Cold Blood, que nous coproduisons, se donnera quatre semaines, ce qui représente 11 000 spectateurs potentiels. D’ici à 2020, j’ambitionne de prolonger les séries de représentations pour que les créations se jouent devant 15 000 personnes au moins. Nous sommes aussi en train de développer une collaboration avec le Théâtre Kléber-Méleau d’Omar Porras afin que nos productions soient présentées à Renens et à Carouge, ce qui leur assure une quarantaine de représentations.

- Pourquoi monter «Cyrano de Bergerac»?

- Pour le plaisir d’abord de retrouver le couple de L’Ecole des femmes, Gilles Privat et Lola Riccaboni. Mais aussi parce que ce texte est lié à l’histoire du Théâtre de Carouge. Georges Wod l’a monté avec un succès phénoménal et une idée formidable: les actes IV et V se jouaient à l’extérieur. Ce qui me bouleverse dans le texte d’Edmond Rostand, c’est qu’il célèbre l’art de raconter des histoires. Cyrano est peut-être un affabulateur, mais c’est un conteur unique. Il sait que les histoires font du bien.

- La Nouvelle Comédie verra le jour en 2020, le Théâtre de Carouge pourrait aussi avoir sa nouvelle structure dans la foulée. Une telle offre n’est-elle pas luxueuse?

- En 1982, Benno Besson prend la direction de la Comédie. Parallèlement, Georges Wod arrive à Carouge. Ces deux théâtres vont connaître un essor formidable, sans se faire concurrence. L’important, c’est que les cahiers des charges soient bien définis. Carouge sera une maison du théâtre privilégiant le répertoire et les grandes traditions. A partir de cette base, j’imagine des collaborations passionnantes avec la Nouvelle Comédie.

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