Dans un essai autobiographique qui date de 2008, Jean Otth (1940-2013) examine son parcours depuis les années 1950, avec l’intelligence, l’ironie, la fine culture et l’élégance qui caractérisent ses travaux artistiques. Dans une belle préface affectueuse, Alain Huck rend hommage au professeur qui lui a permis de sortir de la «léthargie institutionnelle» de l’Ecole des beaux-arts à Lausanne, dans les années 1980.

Car c’est en enseignant que Jean Otth a gagné sa vie. C’est une des questions que pose son essai: un artiste qui ne vend pas a-t-il droit à ce titre? Ce n’est pas l’avis du service des impôts vaudois qui refusa, pour cette raison, une déduction pour les frais d’un local professionnel. D’ailleurs, à «professionnel», Jean Otth préférait le qualificatif d’«amateur». Est-ce la réception critique qui décide? Ou un quelconque canon validé par l’histoire de l’art? Quelle que soit l’échelle de valeurs choisie, l’artiste s’est situé dans une marge «douloureuse et imprescriptible», mais sans pathos.