«Un visuel, oui, et même un voyeur», ainsi se définissait le poète et écrivain Jean Pache, mort vendredi à Lausanne à 67 ans. Vif, ironique, net dans ses propos, impatient mais généreux, il ne croyait qu'au travail de l'écriture. Tout en enseignant au Gymnase de la Cité et en exerçant ses talents critiques à 24 heures et à la Radio suisse romande, cet homme au tempérament indépendant avait pris part à des aventures collectives, à la tête de la Revue de Belles-Lettres (1960-1963) ou de la collection L'Aire-Rencontre (1970-1975). En 1993, son œuvre avait été couronné par le Grand Prix de la Fondation vaudoise pour la création artistique.

Auteur d'une vingtaine de livres depuis 1955, dont une quinzaine de recueils poétiques – sans compter les ouvrages à tirage limité réalisés avec des amis peintres (lire ci-contre) –, Jean Pache était venu relativement tard à la prose avec Anachroniques (L'Aire, 1973). Par attachement à l'économie du poème, méfiance du bavardage et surtout par l'intime conviction que l'univers romanesque traditionnel ne correspondait plus à notre époque discontinue. Plus que raconter des histoires, il lui importait de mettre en forme des rêves, des fantasmes, des obsessions. Le souci qui lui faisait polir longuement ses textes, avec obstination, s'inscrit dans une visée à la fois esthétique et métaphysique: seule la forme peut s'opposer au vide, à l'absence de tension. D'où son goût pour le baroque, la mise en scène, les rituels et les simulacres qui lient étroitement, dans toute son œuvre, l'amour et la mort.

Récits ou fictions, les textes en prose de Jean Pache sont souvent inspirés par des images: tableau, gravure ou photographie dans Baroques (L'Aire, 1983); cartes postales coquines trouvées dans une brocante dans Le Discours amoureux d'un commis voyageur (Empreintes, 1994) où l'on voit un collectionneur évoquer une «sublime et/ou pitoyable histoire d'amour» entre un commis voyageur et une vendeuse en mercerie dans le Jura de la fin des années vingt: toutes les passions, pense-t-il, «s'égalent dans la violence et la dérision».

Même violence associée tantôt à la dérision, tantôt au sacré, dans les superbes récits de La Straniera (Zoé 1990, Prix Michel-Dentan 1991) qui s'inspirent de trois faits divers: qu'il s'agisse de la disparition de militaires dans une ville de garnison, des attentats commis en Europe par un couple de terroristes ou du viol d'une touriste en Sicile; ces événements permettent à l'écrivain de greffer sur eux ses hantises personnelles. En les élargissant à l'histoire, à la culture, au mythe, par le biais de l'association et de l'analogie: le viol de l'étrangère par des loubards est relié au massacre des Vêpres siciliennes (1282) comme à la traque rituelle du thon dans la mattanza. Sang, sexe et sacré sous le soleil méditerranéen.