Le prochain Visions du réel, du 15 au 21 avril, sera le dernier dirigé par Jean Perret. Directeur du festival de cinéma de Nyon depuis 1995, celui-ci sera, dès le 1er septembre, responsable de l’Orientation cinéma à la Haute école d’art et de design de Genève (Head). Plusieurs fois ces dernières années, Visions a failli se trouver décapité. Jean Perret a en effet été candidat à la direction du Festival de Locarno puis de la Cinémathèque suisse. C’est finalement pour un poste moins médiatique qu’il quitte Nyon. Moins médiatique mais, s’empresse-t-il de souligner: «J’ai l’intention de donner au secteur cinéma de la Head une dimension européenne.»

Cette nomination s’inscrit en effet dans un processus de dynamisation. Pour Jean-Pierre Greff, directeur de la Head, «l’ambition de ce département cinéma est importante pour l’identité de l’école. Dès les premiers jours où je suis arrivé, il y a six ans, je me suis battu pour conserver un enseignement au niveau des masters.» Avec succès puisque la Head participe pleinement au Réseau Cinéma CH qui réunit les écoles de cinéma suisses.

Jean Perret devra renforcer encore cet enseignement des masters, comme celui du niveau Bachelor, mais aussi assurer d’autres missions délaissées. Il devra lancer un enseignement en formation continue, en relation avec les milieux professionnels, et développer aussi un secteur de recherche. Le futur responsable et son directeur défendent ainsi la nécessité de construire des liens avec la télévision, surtout le service public, et avec les sociétés de production. «L’école doit aussi devenir un acteur culturel dans ce domaine», souhaite Jean-Pierre Greff. Notamment, les cinéastes invités devraient bientôt voir leurs films projetés dans une vraie salle, en séances publiques, plutôt que dans un sous-sol de l’école.

Les deux hommes évoquent leur collaboration presque comme une évidence, au vu des relations établies ces dernières années entre l’école et le festival. «Le cinéma du réel, tel que l’approche Visions, représente un terrain prometteur pour une école de la taille de la nôtre, explique Jean-Pierre Greff. De plus, l’intérêt développé par le festival pour les liens entre cinéma et art contemporain correspond à notre particularité d’avoir une formation cinéma dans le cadre d’une école d’art.» D’ailleurs, le premier grand événement que coordonnera Jean Perret, en 2011, sera une manifestation internationale (colloque, expositions, films, bref, une sorte de festival…), croisant trois axes: art, cinéma et politique.

Jean Perret arrive en terrain connu. Parce qu’il a été chargé de cours dans cette école dans les années 90. Et parce qu’une bonne partie des enseignants du secteur, dirigé puis coordonné ces dernières années par le producteur et distributeur Michel Buhler, sont des collaborateurs ou des invités de Visions, de Bertrand Bacqué à Michel Favre en passant par Christelle Lheureux. Le réseau d’intervenants et de professeurs invités (Claudio Pazienza, Jean-Louis Comolli, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige…) puise aussi dans les programmes nyonnais.

Justement, que deviendra le festival? D’autant plus que Jean Perret ne part pas seul. Depuis 1995, la direction de Visions est l’aventure d’un couple. Gabriela Bussmann, adjointe à la direction et responsable de Doc Outlook, le marché international, quittera aussi le festival à l’automne. «Nous sommes restés seize ans, c’est un bon temps. Ce sont toujours des couples qui tiennent si longtemps à la tête des festivals», fait-elle remarquer. Elle a estimé que, pour elle, le temps du renouveau était aussi arrivé. Sa confiance dans l’expérience enmagasinée, et dans l’impressionnant réseau international qui est le sien, devrait lui permettre de rebondir.

Pour le conseilleur national Claude Ruey, président du festival, «ces départs sont une perte. Mais en même temps, on ne peut que comprendre l’envie de Jean Perret de suivre une voie qui représente une promotion pour lui.» Le bureau et le comité de Visions se réuniront lundi pour élaborer le cahier des charges de son successeur. Les annonces devraient paraître dans une quinzaine de jours. «La recherche se fera au niveau international. Nous aimerions donner un nom ce printemps.» Peut-être pendant le festival. Avec une nouvelle salle de 500 places, Jean Perret le lèguera au mieux de sa forme. Probablement à quelqu’un qui appartiendra plus clairement à une nouvelle génération des images, celle du cross media et du web 2.0.