Classique

Jean Rondeau inspiré dans les «Variations Goldberg»

Le jeune claveciniste français a joué en primeur le grand cycle de Bach, samedi soir, lors d’un concert à Saint-Sulpice, dans le canton de Vaud. Un jeu très riche et personnel

Jean Rondeau, c’est ce claveciniste français qui détonne dans le petit monde bien rangé de la musique classique. Ce jeune homme, à la barbe très dense, aux cheveux ébouriffés et longs, a l’air aussi excentrique que Scott Ross (un claveciniste de renom), qui avait un look hippie dans les années 70. Il se mesurait aux «Variations Goldberg» de Bach à l’occasion d’un récital donné samedi soir, dans le cadre des Concerts de la Chandeleur, chez un particulier à Saint-Sulpice.

Dans une petite salle parfaitement adaptée aux dimensions d’un clavecin, Jean Rondeau a traversé ce cycle de 30 variations comme un grand voyage. On craignait que le jeune claveciniste joue un peu vite. Pas du tout: il prend son temps pour modeler chaque variation. Parfois, il s’autorise même une césure entre deux variations pour signifier un changement de cap. Son jeu est à la fois viril et souple. Il s’appuie sur une respiration ample, plantureuse, très élastique (avec des inflexions comparables à du rubato), pour creuser les lignes contrapuntiques et faire saillir les lignes mélodiques.

Sonorités sombres et envoûtantes

Certes, il faut un petit moment pour s’habituer aux sonorités du clavecin sur lequel il joue – la copie d’un Donzelague. C’est une couleur un peu sombre, un peu mélancolique, avec des aigus qui ont du caractère. Cette interprétation a du relief. Autant Jean Rondeau est capable de ciseler les rythmes (la première variation a l’allure jazzy), autant il insuffle un legato quasi liquide (ce qui n’est pas gagné sur un clavecin!) dans certaines variations au caractère plus intimiste. Il fait chanter son instrument. L’«Ouverture à la française» (Variation 16) a fière allure. Parfois, il s’emballe, comme dans la Variation 28, qui a paru trop agitée et décousue, avec quelques fausses notes, avant de retrouver le fil par la suite.

Retour émouvant de l’ultime «Aria»

Si certains choix de tempo peuvent surprendre de prime abord, ils s’intègrent de manière organique dans la courbe générale de l’œuvre. Quand Jean Rondeau revient à l’«Aria» principale après les 30 variations, on a l’impression d’une boucle qui se referme sur elle-même. Il y a quelque chose d’émouvant dans cette aria chantée avec beaucoup de simplicité, à nu. Une interprétation déjà très accomplie, à la générosité d’âme, que le jeune claveciniste peaufinera encore sans doute dans les mois et années à venir.

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