Il faisait partie de ces acteurs dont le grand public ne retient pas forcément le nom, car peu habitués des premiers rôles et encore moins amateurs de mondanités. Mais en Jean-François Stévenin, physique de montagnard et voix rugueuse, on avait l’impression à chacune de ses apparitions de reconnaître un ami. Né dans un petit village du Jura en avril 1944, le Français est décédé ce mardi à l’âge de 77 ans dans un hôpital parisien. De sa première brève apparition en 1968 dans La Chamade, où il assistait également le réalisateur Alain Cavalier, à une adaptation des Illusions perdues de Balzac par Xavier Giannoli, qui sortira cet automne après sa première à la Mostra de Venise, il aura joué dans près de 120 films, auxquels s’ajoutent une cinquantaine de rôles à la télévision. Et il a lui-même réalisé trois longs métrages très favorablement accueillis par la critique: Passe montagne (1978), Double messieurs (1986) et Mischka (2002).

Interview: «Si un film ne m’emporte pas, je me sens comme après une mauvaise cuite»

Son amour du cinéma, Jean-François Stévenin le développe à l’enfance, lorsque le 7e art est pour lui synonyme d’évasion. Elevé à la dure par des parents sévères, peu à l’aise dans un milieu scolaire où les profs sont plus répressifs que pédagogues, on lui promet une séance hebdomadaire s’il ramène des bonnes notes. Il s’applique et enchaîne les films. Le cinéma est alors plus une bouée qu’une expression artistique, se souviendra-t-il. Mais son regard s’aiguise, et lorsqu’il suivra plus tard un cursus en hautes études commerciales à Paris, c’est sur l’économie du cinéma qu’il rédigera son travail de diplôme. Il se formera alors sur le tas en œuvrant à différents postes techniques sur les plateaux, et sera assistant réalisateur pour Jacques Rivette et Peter Fleischmann après sa première expérience avec Cavalier.

Fan de rock

Mais, très vite, c’est en tant qu’acteur qu’il se fait remarquer. Dans les années 1970, on le voit quatre fois chez François Truffaut, dans L’Enfant sauvage, Une Belle Fille comme moi, La Nuit américaine et L’Argent de poche. De ses débuts sous le signe de la Nouvelle Vague, il gardera une appétence pour le cinéma d’auteur, se distinguant chez André Téchiné (Barocco, 1976), Paul Vecchiali (La Machine, 1977), Jacques Rivette (Merry-Go-Round, 1981; Le Pont du Nord, 1982), Jacques Demy (Une Chambre en ville, 1982), Jean-Luc Godard (Passion, 1982), Bertrand Blier (Notre histoire, 1984) et Catherine Breillat (36 fillette, 1988). On le verra également dans quelques plus grosses productions, comme Les Patriotes (Eric Rochant, 1994), Le Bossu (Philippe de Broca, 1997) et Le Pacte des loups (Christophe Gans, 2001).

Amateur de rock, attiré par les pionniers américains Eddie Cochran et Chuck Berry, le Français découvre Johnny Hallyday à la fin des années 1960. Il ne cessera dès lors d’aller le voir sur scène et finira par tourner à ses côtés dans La Gamine (Hervé Palud, 1991), Love Me (Laetitia Masson, 2000) et L’Homme du train (Patrice Leconte, 2002). Et dans Mischka, il lui offrira même une apparition dans son propre rôle: Johnny débarque en hélicoptère, comme un ange tombé du ciel, pour réconforter un paysan.

De ses racines jurassiennes, Jean-François Stévenin gardera un ancrage terrien et un amour pour la nature et les vastes paysages. Il y a quelques années, imaginant à quoi pourrait ressembler son enterrement, il disait voir son cercueil tiré à travers la campagne par des chevaux. Pour lui, tout était prétexte à se faire un film, observer quelqu’un dans la rue le poussait à inventer son histoire. «Le cinéma, c’est la vie», disait-il.