L'ombre de Jack Lang hante encore et toujours les couloirs du Ministère de la culture. Renaud Donnedieu de Vabres le sait bien. Il vient d'y être nommé pour remplacer Jean-Jacques Aillagon, dans le troisième gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Il retrouve ce ministère où il était entré en 1986, au début de la première cohabitation, au service de François Léotard. A l'époque, ce dernier était encore un politicien d'avenir. La culture devait être le début de son ascension, ce fut le début de sa chute. Auparavant, la droite avait eu des ministres respectés du monde culturel – André Malraux, Jacques Duhamel, Michel Guy. Après le passage de Jack Lang, ce ministère est devenu maudit pour ceux qui s'y sont frottés, qu'ils soient de droite ou de gauche.

En 2002, lors de sa nomination, Jean-Jacques Aillagon semblait être celui qui mettrait fin à la malédiction. Voilà enfin, disait-on, quelqu'un qui ne doit rien aux équilibres ministériels et aux tractations troubles. Jean-Jacques Aillagon a fait toute sa carrière dans la gestion de la culture. Notamment dans les services culturels de la Ville de Paris, qu'il a dirigés de 1993 à 1996. Il a présidé ensuite le Centre Pompidou et, à chacun de ces postes, il a joué avec une certaine tranquillité d'âme de ses talents de conciliateur. Il est proche de Jacques Chirac. Et c'est Jacques Chirac qui est en partie à l'origine de son échec. Malgré les promesses électorales, et malgré les garanties que Jean-Jacques Aillagon disait avoir obtenues, le ministère n'a pas été protégé des coupes budgétaires. S'il avait pu le «sanctuariser», Jean-Jacques Aillagon aurait sans doute mené à bien des réformes dont il dit maintenant que certaines d'entre elles étaient «suicidaires» (autonomie des grands musées, archéologie préventive, etc.).

Héros malheureux

Il a pourtant trébuché sur un dossier qu'il ne maîtrisait pas entièrement, celui du régime de retraite des intermittents du spectacle qui est géré paritairement par le patronat et les syndicats au sein de l'Unedic. Il a ratifié une réforme qui écarte un grand nombre d'intermittents du régime d'indemnisation. Il est devenu le héros malheureux de l'été 2003, avec ses festivals perturbés ou supprimés, et celui de la cérémonie des Césars où il fut obligé d'affronter trois heures durant l'hostilité des professionnels du cinéma devant les caméras de la télévision. Il a sous-estimé la colère et la volonté des professions artistiques. Dès sa première intervention publique, son successeur a promis de tout faire pour mettre fin au conflit avec l'accord des intermittents. Marie-Josée Roig, maire d'Avignon et députée UMP, avait désavoué l'ancien ministre. Elle vient d'entrer au gouvernement. Jean-Jacques Aillagon en sort pour que soient sauvés les festivals de l'été.