Jean-Jacques Aillagon, le ministre de la Culture du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, est-il ce gestionnaire étriqué et sans vision que se plaisent à décrire ses rares ennemis? Il sait qu'il est difficile de succéder à André Malraux et à Jack Lang. Ce qui ne l'a pas empêché de briguer depuis longtemps, et ouvertement, le poste qu'il occupe aujourd'hui. En 1993, il écrivait dans une tribune publiée par Le Figaro: «Le libéralisme culturel serait funeste […]. Qui pourrait sérieusement croire effacer le souvenir de Jack Lang en détruisant le ministère qui fut le sien?» Il lui a fallu attendre pour s'installer dans le bureau du ministre dont les fenêtres ouvrent sur les jardins du Palais-Royal et sur les Colonnes de Buren. En 1995, après l'élection de Jacques Chirac pour son premier mandat de président de la République, on lui préfère Philippe Douste-Blazy qui n'a pas laissé un grand souvenir. En attendant, et depuis 1996, il sera le président du Centre Pompidou, dont il a mené à bien la rénovation et la réouverture en l'an 2000.

Fidèle de Jacques Chirac qu'il a suivi à la mairie de Paris, il a été directeur des affaires culturelles de la ville. Lorsqu'il est nommé ministre en mai 2002, il a l'audace de déclarer: «Je veux prouver que l'on peut mener une grande politique culturelle de droite.» Voilà qui suscite encore la méfiance parmi les créateurs, surtout parmi ceux qui n'appartiennent pas au monde des beaux-arts et des arts plastiques où il a fait ses preuves. D'autant plus que Jean-Jacques Aillagon – même s'il assiste à d'innombrables cérémonies, vernissages et premières de spectacles – ne provoque pas autour de lui un nuage tourbillonnant d'affectivité. Depuis un an, les dossiers embrouillés s'entassent sur son bureau: le financement de la production cinématographique, l'autonomie des grands musées, la pornographie et la violence sur le petit écran, le rachat de Vivendi Universal Publishing… Et maintenant, le régime d'assurance chômage des intermittents du spectacle.

C'est un faux lent, un temporisateur, un drôle de type qui paraît peu calibré pour évoluer dans un milieu où tout ce qui n'est pas excessif est indifférent et qui s'y trouve à l'aise. Sa méthode: ne rien précipiter, s'il le faut demander un rapport à une personnalité, consulter, ménager les intérêts contradictoires. Il a un sentiment aigu de l'emprise grandissante et inévitable de l'industrie culturelle et semble habité par l'idée que son rôle est de sauver ce qui peut être sauvé. Même si cela ne suscite pas autant d'enthousiasme que les promesses de fêtes.