Créée pour encourager des auteurs «à se départir des impératifs narratifs de la production courante, à travailler au rasoir ce qu'ailleurs ils auraient livré émoussé», la collection Codex illustre ces intentions en publiant le premier roman de Jean-Jacques Bonvin, sociologue suisse de 47 ans. La confession de son héros velléitaire déstabilise le lecteur par une écriture froide, très concertée, qui associe mal-être existentiel et dégradation environnementale. Elle séduit ou agace, c'est selon, par son humour au troisième degré et un sens maniaque du détail. Au trio formé par Léa, son amant Lambert et son frère Alexis, les choses matérielles opposent une résistance obstinée, de la maison léguée par le père à une cafetière douée d'une personnalité quasi autonome. Les souvenirs d'enfance du frère, rêveur insomniaque, et de la sœur (qui travaille dans la mercatique, où elle fait «mousser le néant» et «taraude le concept») maintiennent entre eux une complicité ancienne, sapée par les ambitions financières de Lambert. Le drame couve jusqu'au crime, relaté minutieusement par Alexis dans une lettre-monologue à Léa insérée par morceaux dans le récit.