Jean-Jacques Brochier. Pour l'Amour des livres. Entretiens avec Nadine Sautel. Albin Michel, 256 p.

Celui qui fut rédacteur en chef du Magazine littéraire durant trente-cinq ans est mort avant la parution de ce livre où il raconte comment, tombé tout jeune dans la marmite des livres, il n'a cessé de lire et d'écrire sur ce qu'il avait lu. Témoin d'un demi-siècle d'édition et d'histoire des idées, Brochier brosse un tableau animé de la scène littéraire française à ses débuts. C'est l'époque des paris fous (le lancement du Magazine littéraire en est un) relevés par de petits éditeurs comme Losfeld, Pauvert ou Maspero, bien différents de ceux d'aujourd'hui qui, neuf fois sur dix, «parlent comme des comptables». Sartrien convaincu, Brochier n'a jamais osé rencontrer son idole (à l'époque, «un écrivain était un mythe!»), pas plus que Malraux, Giono ou Genet. On saura qu'il admirait Aragon et Foucault, mais exécrait Céline et jugeait Claude Simon et Albert Cohen ennuyeux; qu'il a contribué à réhabiliter la littérature populaire et servi de nègre à René Dumont ou Max-Pol Fouchet; qu'il n'avait pas deux idées communes avec son meilleur ami Dominique de Roux; enfin que la chasse et la cuisine lui ont procuré davantage de bonheurs que l'écriture.