Au premier abord, la sculpture de Jean-Louis Ruffieux, qui est né à Fribourg en 1947 et travaille à Lenzbourg, semble assez banale. Des formes ramassées, sans ouvertures, en pierre ou en bois, des manières de stèles trapues, présentées sur des socles. Puis, lorsqu'on parcourt l'exposition de ces travaux, on se sent attiré par la matière, on résiste, ou on ne résiste pas, à la tentation de toucher les surfaces, de passer le doigt dans les creux qui semblent là pour ça, pour qu'on y loge son doigt.

Le sculpteur est passé maître dans l'art d'alterner les creux et les bosses, et aussi de rendre ses surfaces comme poudreuses, de manière à doter de sensualité des pièces d'allure générale assez austères. L'artiste travaille également dans le domaine public, en réalisant des ouvrages de décoration; il est notamment intervenu, avec l'aide de détenus, dans le couloir souterrain du pénitencier de Lenzbourg, ainsi qu'au Collège Saint-Michel de Fribourg, cette fois avec l'assistance de quelques étudiants.

A la Ferme de la Chapelle, Jean-Louis Ruffieux a réuni des sculptures faites de différentes sortes de pierre, dont les teintes, du plus foncé au plus clair, contrastent, tandis qu'une salle présente les œuvres en bois. On sent l'artiste attentif au pouvoir expressif de la matière, à sa voix: «Je laisse résonner la pierre lorsque je travaille», explique-t-il. Les formes, les allusions au corps, à ses «négatifs» et multiples plissements davantage qu'à ses parties rebondies, paraissent somme toute presque anecdotiques, par rapport à la qualité des surfaces. Tout ceci fait de ces œuvres, qu'on approche sans penser à rien, autant de pièges: on aimerait rester là à les caresser, sans savoir pourquoi, en quête du secret scellé dans la matière.

Jean-Louis Ruffieux. SculptureS. Ferme de la Chapelle (rte de la Chapelle 39, Grand-Lancy/GE, Tél. 022/342 94 38). Ma-ve 16-20 h, sa-di 14-18 h. Jusqu'au 9 novembre.