le «19:30» de la TSR signé par des cinéastes suisses C'est encore une fois l'avènement du cinéma numérique qui s'illustre: du temps de la pellicule-reine, il aurait été impossible d'imaginer une édition du 19:30, celle de ce soir, entièrement signée par des cinéastes suisses (LT du 7.5.2008). Grâce à la légèreté de cette technologie, Denis Rabaglia ou Frédéric Mermoud pourront travailler à chaud sur des thèmes d'actualité. Grâce à son aptitude à voyager, sur supports numériques ou par satellite, Dominique de Rivaz pourra rêver aux 20 ans de la chute du Mur vus de Berlin; Barthélémy Grossman pourra poster une carte postale de Cannes; Ursula Meier pourra transmettre un commentaire depuis Bruxelles. Grâce à sa maniabilité, Francis Reusser pourra parfumer, de son propre studio, une «Lettre à Esther», hommage à la présentatrice de cette édition exceptionnelle, Esther Mamarbachi.

Plus rapide, plus léger, sans frontières... L'équation des avantages apportés par le numérique équivaut-elle à un mieux? Un mieux pour l'appréhension et la compréhension du monde? Un mieux pour la culture et la démocratie? Le clou de ce 19:30 spécial, 3 minutes 40 secondes signées Jean-Luc Godard, montre que rien n'est moins certain.

Arrivé mardi par la poste, après un insoutenable suspense pour le département Actu de la TSR qui nous a aimablement invités à le découvrir, le film du cinéaste est un poème incantatoire, beau comme un vol de libellule au ralenti. Il tranche évidemment avec tout ce que l'information télévisée a inventé depuis ses premiers balbutiements. Et surtout, il reprend le motif posé par Godard il y a trois décennies: invité en duplex depuis Cannes pour le journal de midi présenté alors par Philippe Labro, le réalisateur avait demandé à son interlocuteur, à propos de la guerre des Malouines, de dire «Je ne sais pas» ou «Je crois savoir».

En 2008, c'est la même demande qu'il adresse au flux de l'information. «Tu n'as rien vu...» s'insère sur les images. Rien vu «à Hiroshima», «à Leningrad», «à Hanoi» ou «à Sarajevo»... Par l'art du montage, son si «beau souci», Jean-Luc Godard instille le doute là où il n'est plus vraiment le bienvenu. A découvrir à 19h30. En attendant son prochain film, Socialisme, sans doute à Cannes 2009.