Un ventre en apesanteur, étalé sur un lit défait. Une mine de trois nuits sans somnifère ni rêve. Sur la pochette de son dernier album (News from the darked out Room), une merveille friable, Jean-Paul Bourelly pose en revenant. Il enregistre solo, en acoustique, d'une guitare en déshabillé. Débarrasser Bourelly de ces pédales, trafics sonores et hurlements électriques, c'est refiler à Jimi Hendrix l'animation d'un feu scout. Une aberration sur le papier. Le plus bel album, urgent, tranquille, de cette année naissante en réalité. Récit d'avant-concert; trois récitals, toute cette fin de semaine, entre Lausanne et Genève.

Mais qui est-il, cet exilé des teintes claires, ce quarteron, mutant du Nord à la filiation haïtienne et à l'enracinement germanique? Jean-Paul Bourelly a fait la claque sous le pavillon de Miles Davis («Amandla»), une pige pas plus marquante que cela mais qui hante la plus maigre de ses biographies. Avant, né à Chicago en 1960, Bourelly se fait dévisser les certitudes par une rafale de blues liminaire, Muddy Waters en majesté. Et puis, les rugueux de l'Art Ensemble, forcément, avec qui il découvre l'espace décadré. Bourelly procède des deux écoles. Blues, free. Il arrive à New York, se fait emballer par le M-Base du saxophoniste Steve Coleman, nouvelle pièce rapportée à l'épopée africaine américaine.

En fait, Jean-Paul Bourelly se fait virer de toutes les écoles qui le cooptent. Il est toujours, c'est son charme, un pas devant les attentes de ses collègues. Il enregistre des projets transatlantiques, sur ses racines haïtiennes («Ayibobo»), ou avec des Sénégalais, il y rameute Archie Shepp. Le rap, aussi, dès le tout début de sa carrière. Bourelly est un rebondissement vivant, dont le moindre choix ne dure que le temps d'un cœur soulevé. La constante, un jeu de guitare qui rutile, qui parle de blues et de créolité. Un jeu ruminé.

Installé à Berlin depuis plusieurs années, Bourelly y a perdu sa femme. Avant sa mort et dans son sillage, il ponçait sur sa guitare nue de menues mutineries presque silencieuses. Des morceaux qui flirtaient avec le drame, des bris de l'âme. Sans pathos ni mélo. Bourelly s'est décidé à le publier, son cahier intime. Probablement son disque qui frissonne le plus. Six cordes en mains, dans de petites salles qui ressemblent à des salons, Bourelly vient ici nouer son retour. Arnaud Robert

Jean-Paul Bourelly en concert. Les 19 et 20 janvier, 21h30. Au Zinéma, Lausanne. Rés. magazine Vibrations, 021/311 77 22. Le 21 janvier, 21h. A l'AMR, Genève. Tél. 022/716 56 30. «News from the darked out Room», de Jean-Paul Bourelly (Phonector/RecRec).