Culture

Jean-Paul Dubois Prix Goncourt, consécration d’un ultra-doué

L’écrivain de Toulouse reçoit la plus haute distinction littéraire pour «Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon», un hymne aux êtres aimés disparus

Jean-Paul Dubois est notoirement mal à l’aise dans l’exercice de l’interview. C’est peu de dire qu’il va devoir faire contre mauvaise fortune bon cœur, le Prix Goncourt qui vient de lui être attribué pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon le plaçant de façon maximale sous les projecteurs médiatiques. Le Toulousain (ses personnages principaux le sont aussi, la plupart du temps) a gagné la mise face à Amélie Nothomb (6 voix contre 4), l’autre grande favorite.

La romancière bruxelloise concourait avec Soif, son 28e roman, où Jésus raconte, à la première personne, son procès et sa mise à mort. C’était la troisième fois qu’Amélie Nothomb se retrouvait en finale pour le plus populaire des prix littéraires français, après Stupeur et Tremblements en 1999 et Ni d’Eve ni d’Adam en 2007. Si elle manque encore une fois cette consécration, le public lui est fidèle depuis son premier roman, Hygiène de l’assassin, en 1992. Auteure d’un roman par an, la superstar connaît des hauts inspirés, souvent drôles, et des bas laborieux. Soif (tiré à 150 000 exemplaires, best-seller immédiat), malgré cette sélection au Goncourt, se situe, pour les critiques du Temps, dans la deuxième catégorie.

Lire aussi: Habiter le monde, une quête infinie retracée par Jean-Paul Dubois

Avec les deux autres finalistes malheureux, Jean-Luc Coatalem (La Part du fils) et Olivier Rolin (Extérieur monde), cette édition 2019 aura été celle des écrivains aguerris, riches d’une œuvre déjà longue et reconnue. Tout l’inverse du lauréat 2018, Nicolas Mathieu, 40 ans cette année-là, primé pour son deuxième roman, Leurs Enfants après eux. En revanche, une tendance se confirme, et heureusement, celle de l’ouverture du Prix Goncourt aux livres d’une plus grande variété de maisons d’édition. Pendant des décennies se retrouvaient sélectionnés les poulains de la triade Gallimard-Grasset-Seuil, sauf à de rares exceptions près. Actes Sud (quatre fois ces dix dernières années) et aujourd’hui L’Olivier s’imposent.

Se fondre dans la vie

Auteur de près de 20 romans, Jean-Paul Dubois est un ultra-doué qui fait partie de la famille des écrivains discrets, de ceux qui, avares de paroles, préfèrent se fondre dans la vie. Ce n’est pas pour rien s’il a été longtemps journaliste (Sud Ouest, Le Matin de Paris) et grand reporter, au Nouvel Observateur, sillonnant les Etats-Unis durant la décennie 1990. Il en a rapporté des chroniques (rééditées en un volume, L’Amérique m’inquiète, en 2017) exemplaires par l’acuité du regard, jamais surplombant, par cette plume qui sait associer rire, tendresse et chagrin et par cette façon d’intégrer aux mots le silence des êtres rencontrés et des lieux traversés.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon tisse par petits points un hymne aux êtres aimés disparus et au bonheur qui n’est plus. «Comment rester humain au milieu d’un monde qui ne l’est pas» pourrait être un sous-titre pour ce roman situé au Canada. Avec la patte de Jean-Paul Dubois, cet humour, à la fois politesse et hygiène de vie, qui permet à Paul, le narrateur, emprisonné près de Montréal, de traverser les déboires, la vie, en restant debout.

Publicité