«Nous défendons les arts contemporains»

Anniversaire Le Centre culturel suisse à Paris fête ses 30 ans cette année

Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser, ses actuels directeurs, préparent un programme spécial

C’était il y a trente ans. Pro Helvetia voulait ouvrir son premier Centre culturel suisse et avait choisi Paris. Beaucoup ne comprenaient pas à quoi cela pouvait bien servir. Y compris au Conseil fédéral. A l’époque, il a fallu que L’Hebdo compare le prix d’un seul tapis pour l’ambassade de France avec celui du budget de l’hôtel Poussepin – la demeure du Marais où le CCS s’installait – pour que celui-ci, un brin ridiculisé, franchisse le pas. Le journal avait même lancé une souscription auprès de ses lecteurs. Trente ans après, Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser, directeurs depuis 2008 et jusqu’en 2018, préparent l’anniversaire. En commençant par une double conférence de presse en ce début d’année à Lausanne et Zurich.

Le Temps: Quels seront les moments forts de cet anniversaire?

Jean-Paul Felley: Nous préparons un livre. Nous avons parcouru l’histoire du centre, sélectionné 30 artistes pour qui il a compté et nous avons demandé pour chacun un texte inédit à une personnalité. Il y aura aussi des entretiens avec les premiers directeurs, Werner Düggelin et Daniel Jeannet, et un historique des moments importants. Nous vernirons l’ouvrage le 11 septembre, au moment où commencera le programme anniversaire, PerformanceProcess. Nous avons créé ce mot pour exprimer un projet qui se déploie entre plusieurs disciplines, ce qui est tout à fait représentatif de la façon dont nous avons développé les activités du centre depuis notre arrivée. Nous assumons la programmation de toutes les disciplines présentées au CCS.

– Vous vous êtes connus étudiants en histoire de l’art à Genève, au moment même où s’ouvrait le CCS. Commissaires d’expositions, vous avez fondé l’institution indépendante Attitudes. Au centre, vous avez donc d’abord cherché des experts dans d’autres disciplines.

Olivier Kaeser: Oui, nous avons d’abord beaucoup écouté. Nous sommes aussi très vite allés voir beaucoup de choses et nous continuons. Nous offrons aussi des cartes blanches, que nous qualifions de concertées, parce que nous discutons les programmes avec nos invités. La prochaine au programme, fin mars, a été confiée au musicien Polar, à qui nous avons présenté le photographe Geert Goiris. Ils préparent un projet qui fera partie de la carte blanche.

J.-P. F.: Par ailleurs, Pro Helvetia s’est en effet séparée de la promotion du cinéma qui dépend maintenant de l’OFC, mais nous recevons tout de même parfois des réalisateurs. Pour la littérature, plutôt que les lectures et autres rendez-vous avec des écrivains qui n’attiraient qu’une poignée de visiteurs, nous avons privilégié la qualité de la librairie, que nous avons ouverte en 2010. Les ouvrages sur l’architecture et le design s’y vendent particulièrement bien. Ce qui correspond au succès obtenu par les conférences que nous organisons sur ces domaines.

– Revenons à PerformanceProcess. En quoi consiste ce projet?

O. K.: Il s’agit à la fois d’une exposition et d’un festival. C’est une idée que nous avions depuis quelques années et qu’il nous a semblé totalement adéquat de faire vivre pour cet anniversaire. L’événement couvre une période de soixante ans, en commençant par Tinguely dont les machines autodestructrices développées aux Etats-Unis, dans les jardins du MoMA et dans le désert du Nevada, ou encore à Milan, ont clairement à voir avec la performance. L’exposition montrera des œuvres, des archives photos et vidéos, des objets. Chaque semaine, un nouveau focus sur un artiste, 13 en tout, présenté sur un podium au centre de l’espace d’exposition, la renouvellera. Nous mêlons de purs artistes de la performance à d’autres qui, depuis leur discipline respective, le théâtre, la danse ou les arts visuels, ont une pratique performative. Nous aurons aussi des événements dans la salle de spectacle.

J.-P. F.: Et comme le centre n’est pas assez grand pour le projet, nous discutons avec des musées du quartier, le Musée Picasso, le Musée de la chasse et de la nature, pour mettre sur pied des collaborations, notamment pendant la Nuit blanche. Un site internet sera aussi développé au fur et à mesure, qui servira de catalogue.

– Quels sont vos plus anciens souvenirs du CCS?

J.-P. F.: Nous avons assez peu de souvenirs anciens. Le CCS n’était pas vraiment un lieu où nous nous reconnaissions. Ce que nous savons, c’est que l’équipe de départ a su installer une véritable liberté de programmation vis-à-vis des instances de Pro Helvetia dont nous continuons à bénéficier.

O. K.: Nous avons été invités à monter une exposition collective en 2000, Pulsion . Pendant sa préparation, nous avions déjà beaucoup questionné les milieux parisiens sur la réception du CCS dans la capitale. Celle-ci était alors peu claire, car trop éclectique.

– En quoi avez-vous clarifié l’image du centre et pour quel public?

J.-P. F.: Nous avons une ligne. Quel que soit le domaine, nous défendons les arts contemporains. Aujourd’hui, le centre reçoit 40 000 visiteurs par an. Parmi eux, 70% viennent de Paris et sa région, 20% de Suisse.